AD ASTRA (J. Gray)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un classique de notre temps

Ad Astra est, comme souvent les œuvres de James Gray, un film dont la beauté se cache dans les détails, ce qui est incompatible avec la consommation superficielle de l’objet filmique qui domine le plus souvent. Il parvient par exemple à prendre en défaut le mythe de l’éternelle jeunesse de Brad Pitt pour faire de chaque ride, chaque cerne, le signe d’une douleur insondable. Après son interprétation chatoyante et irrésistible dans Once Upon a Time in Hollywood (2019) de Quentin Tarentino, Brad Pitt, d’une sobriété et d’une intériorité exemplaires, se confirme ici comme un des acteurs les plus complets et les meilleurs de sa génération. Le minimalisme qu’il pratique sert au mieux le tragique dont la démarche de James Gray est empreinte.

L’ancien étudiant féru de beaux-arts, qui avait réussi dans The Yards à fondre la spiritualité d’un clair-obscur à la Georges de La Tour à l’esthétique du film noir, reste fidèle à ses choix qu’il offre ici en d’audacieux télescopages. Ce sont par exemple les rutilances de technologie clignotante qui deviennent le cadre d’une baie vitrée où la présence humaine est caressée par des éclairages immémoriaux toujours inspirés par de La Tour. Ou encore ces reflets sur les casques et les visières des astronautes, où l’on retrouve la présence humaine de l’art classique.

Il faut goûter chaque instant de cette œuvre ambitieuse et démesurée qui affiche son altérité dès le latin de son titre, car elle risque d’être rare. James Gray a confié à quel point le tournage, qui a nécessité l’intervention massive du numérique (un procédé auquel il n’est guère habitué), lui a été difficile. De plus, à l’heure où une large part du cinéma américain adulte et d’auteur se conçoit difficilement pour une exploitation en salle, il est de moins en moins probable qu’une grosse compagnie – ici la 20th Century Fox – prenne de nouveau le risque d’un blockbuster qui n’est en fait que la façade derrière laquelle s’exprime l’univers profondément personnel de James Gray.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

Classification

Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « AD ASTRA (J. Gray) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ad-astra-j-gray/