3. Les traités
On retrouve cette pénétration dans l'ensemble des écrits qui constituent la « tradition secrète » (hiden) du nō. Zeami avait commencé à rédiger, à partir de l'an 1400, les préceptes que lui avait, nous dit-il, légués son père, préceptes auxquels se mêlent, de plus en plus nombreuses, les réflexions que lui inspirait sa propre expérience. Ces notes, dont la rédaction s'étend sur une quarantaine d'années, étaient destinées à rester confidentielles : elles ne devaient « être transmises qu'à un seul homme par génération ». Malgré quelques indiscrétions (une copie partielle remise au shōgun Tokugawa Ieyasu vers l'an 1600, un faux publié en 1665 qui en contenait des passages plus ou moins altérés), le secret fut gardé jusqu'en 1909, date à laquelle le philologue Yoshida Tōgo publia, sous le titre de Zeami jūrokubu shū (Recueil de seize opuscules de Zeami), un ensemble de manuscrits que l'on venait de découvrir dans la bibliothèque d'une famille de daimyō. L'authenticité de la plupart de ces textes devait être définitivement établie par la découverte de nouveaux manuscrits contemporains de l'auteur, parmi lesquels deux lettres au moins de sa main, si bien que le nombre des traités retrouvés s'élève à vingt-trois. Nous avons, pour notre part, procuré une traduction française de six d'entre eux, qui forment un ensemble cohérent et qui représentent environ la moitié du total ; ce sont : le livre De la transmission de la fleur de l'interprétation (Fūshi kaden), le Miroir de la fleur (Kakyō), le Livre de la voie qui mène à la fleur (Shikadō sho), l'Étude illustrée des deux éléments et des trois types (Nikyoku santai ezu), le Livre de l'étude et de l'effet visuel des divertissements musicaux (Yūgaku shūdō kempū sho) et l'Échelle des neuf degrés (Kyūi shidai). Deux autres offrent un intérêt considérable, par les lumières qu'ils apportent sur des points particuliers : le Livre de la composition du nō (Nōsaku sho) et les Entretiens sur le sarugaku avec Maître Ze[ami] après sa soixantième année (Ze-shi rokujū igo sarugaku dangi), recueillis par Motoyoshi, second fils de Zeami, en 1430. Tous les autres, à l'exception d […]
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