2. L'œuvre poétique de Zeami
Plus d'une centaine de yōkyoku (livrets de nō) sont attribués avec plus ou moins de certitude à Zeami, sur un répertoire de deux cent quarante pièces ; avec celles dont le texte ou le titre seul sont conservés, on arrive à un nombre d'environ deux cents. Il est probable d'autre part que les pièces attribuées à Kan.ami ou à d'autres auteurs antérieurs ont été conservées dans des versions remaniées par lui. C'est dire que la moitié du répertoire, et la meilleure, porte sa marque ; on a en particulier de fortes raisons de penser, d'après certaines remarques des Traités, que c'est à lui que revient l'idée de « distancier » le personnage principal (shite) en le faisant apparaître comme un spectre qui se montre aux yeux d'un moine pour revivre devant lui les gestes que lui dicta de son vivant une passion, cette dernière se trouvant ainsi abstraite en quelque sorte des éléments contingents de l'action dramatique. Ce procédé, qui fait d'un nō une sorte de psychanalyse du shite, témoigne d'une profondeur dans la pénétration psychologique surprenante pour l'époque.
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