4. Tropismes insulaires
Si l'archipel n'incarne plus le rêve et le mystère d'un monde perdu (et souvent fantasmé par un Occident en mal d'exotisme), Zanzibar vit une union compliquée avec la partie continentale de la Tanzanie. L'introduction en 1992 du multipartisme a libéré l'expression d'un sentiment insulaire refoulé depuis 1964. La fusion de deux mouvements favorables à la démocratie et à l'affirmation de l'autonomie de Zanzibar a permis la formation du Civic United Front (C.U.F.), parti à dominante musulmane.
Aux termes de la Constitution de 1977, Zanzibar élit un président de la République. C'est ainsi que, succédant à Aboud Jumbi, Ali Hassan Mwinyi, candidat du parti unique, devint président de Zanzibar en 1984, avant de succéder à Julius Nyerere au niveau national l'année suivante. Idriss Abdul Wakil (1985) et Salmin Amour (1990) lui succédèrent dans le même cadre non démocratique. Se représentant en 1995, Salmin Amour affronte cette fois-ci un candidat d'opposition du C.U.F. Il l'emporte néanmoins dans des conditions dénoncées par ses opposants. Ne pouvant effectuer un troisième mandat, il doit s'effacer en 2000 au profit d'Amani Karume, candidat du C.C.M. et fils de l'ancien président assassiné. Les fraudes entachant l'élection d'Amani Karume provoquent des émeutes sévèrement réprimées (plus de vingt morts). Malgré les nombreuses améliorations apportées au déroulement du scrutin, les conditions de la réélection d'Amani Karume en 2005 suscitent à nouveau les critiques du C.U.F. En toile de fond de ces querelles souvent violentes se pose la question de l'avenir de la Tanzanie : doit-elle rester sous la forme de l'union définie en 1964 ou s'orienter vers une fédération, voire une confédération entre le continent et Zanzibar ? Longtemps, la question de la nécessité et de l'utilité de l'union n'a été posée que par les Zanzibarites ; compte tenu de la situation délétère dans l'archipel, le continent à son tour se la pose.
Zanzibar (un million d'habitants en 2002) n'en poursuit pas moins des projets de diversification économique pour sortir de la dépendance aux clous de girofle. Le tourisme est un axe de développement, ainsi que la création d'un port franc à Zanzibar même. À cet effet, des fonds européens ont été débloqués pour des travaux, effectués en 2007, de rénovation des infrastructures portuaires. Reste ensuite à attirer les investisseurs, qui ne craignent rien tant que l'incertitude et l'instabilité politique.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



