Critique et essayiste anglais, Hazlitt, par son tempérament, par sa formation et par ses idées, coïncide, plus qu'aucun de ses contemporains, avec l'esprit de la Révolution. Son père, pasteur unitarien, lui inculqua son rationalisme, son admiration pour Priestley, mais sans l'y convertir complètement, et cela malgré plusieurs années dans une école théologique dissidente. William Hazlitt sera le dissident intégral, ami des « radicaux » Godwin et Holcroft, thuriféraire de Napoléon (d'où sa Life of Napoleon, 1828-1830), disciple et imitateur de Rousseau : il lit avec passion La Nouvelle Héloïse et consacre deux ans à la méditation des Confessions (qu'il croira imiter par son Liber Amoris or the New Pygmalion, 1823, où il rend publique sa pitoyable aventure amoureuse avec la fille de sa logeuse ; livre qui le ridiculise, mais où Charles Morgan voit l'exemple parfait de la « cristallisation » selon la théorie justement contemporaine de Stendhal). Son indépendance, son intransigeance sont source de ses qualités intellectuelles, mais cause de ses difficultés, même avec ses amis. D'une susceptibilité morbide, qu'accentue une impitoyable lucidité à l'égard de soi et des autres, Hazlitt est incapable de charité, de compromis ; champion des abstractions : vérité, liberté, humanité, intitulant sans sourciller un de ses essais : On the Pleasure of Hating. Mais, à côté de cette rigueur de caractère, Hazlitt nous présente une nature « ondoyante et diverse » où la curiosité l'emporte sur le préjugé et le ressentiment. Il se croyait poète et l'a été, par procuration, dans maintes pages nostalgiques de ses essais, par sa compréhension de ses contemporains Coleridge et Wordsworth (My First Acquaintance with Poets), et aussi par l'influence qu'il exerça sur Keats. Il s'est mépris également sur ses dons de peintre (son frère John fut miniaturiste de talent) ; son propre acharnement comme portraitiste ne lui valut aucun succès, mais contribua toutefois à la formation d'une esthétique très originale qui élargit l […]
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