Mort le 17 janvier 1982 dans un hospice pour vieillards, Varlam Chalamov (Šalamov) restera un des témoins essentiels de l'enfer concentrationnaire au xxe siècle. Pour témoigner d'une expérience indicible par définition, la destruction de l'humain, Chalamov a su trouver la forme littéraire adéquate. Sans elle, l'indicible serait resté non-dit. Il faut se rappeler qu'au moment d'aborder la troisième partie de son Archipel du Goulag, « L'Extermination par le travail », Soljénitsyne évoque ces courts récits chalamoviens, concrétions d'inhumain qui ont la concision saisissante d'un gel et d'une mort : « Embrasser toute cette histoire et toute cette vérité passe les forces d'une seule plume humaine [...]. Il se peut que les Récits de la Kolyma de Chalamov fassent ressentir plus sûrement au lecteur tout ce qu'il y a d'impitoyable dans l'esprit de l'Archipel et aussi les limites du désespoir humain. »
Non seulement l'« épopée » soljénitsynienne s'oppose aux récits de Chalamov comme le panorama, l'enquête inlassable s'opposent à l'instantané, mais encore tout le mouvement interne de L'Archipel du Goulag, avec sa lente poussée de la ré […]
