Thomas Eakins passe pour être, de même que John Singer et Winslow Homer, l'un des trois grands peintres américains de la fin du xixe siècle. Bien que, au cours de sa longue existence, il n'ait vécu que trois ans à l'étranger, son œuvre constitue un lien particulièrement important entre les peintures américaine et européenne. Ces années, où il fut étudiant à Paris, sont non seulement celles qui virent la reconnaissance de Courbet, l'ascension de Manet et les premières lueurs de l'impressionnisme, mais aussi celles de la renaissance de l'académisme qu'entraîna la réforme de l'École des beaux-arts. Eakins, qui fréquenta celle-ci, en rapporta dans son pays les méthodes nouvelles aussi bien que les traditions. Puisque ses admirateurs ne veulent pas le considérer comme un peintre académique et qu'ils ne peuvent voir en lui un « impressionniste », il est difficile de mettre une étiquette sur son œuvre ; on la qualifie donc d'indépendante et d'américaine.
1. L'élève de Gérôme et de Bonnat
Eakins est né en 1844 à Philadelphie dans une famille de quakers ; il fréquenta les écoles locales où son père enseignait ; puis il fit quatre ans de dessin dans un collège secondaire. Dans une ville remplie d'immigrants, il apprit à parler les langues qu'il étudiait en classe : français, italien et espagnol. Il fut admis à la Pennsylvania Academy of Fine Arts en 1861 et y resta cinq ans. Puis, il se rendit à Paris en 1866 et entra dans l'atelier de Jean-Léon Gérôme, un professeur « réformiste » récemment nommé aux Beaux-Arts. Eakins avait vu plusieurs de ses œuvres aux États-Unis ; la sincérité du dessin et le réalisme des sujets devaient plaire à l'esprit positif du jeune quaker. Gérôme était aussi un excellent professeur. Sa maîtrise du dessin et de la peinture à l'huile sont à l'origine du style d'Eakins, résultat d'une observation précise alliée à une exécution rigoureuse. Eakins ne parvint jamais à réaliser des compositions aussi subtiles que celles de son maître, mais il s'efforça d'exprimer des sentiments plus comple […]
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