Dans une conférence d'avril 1914, André Gide lança une de ces formules qui se substituent commodément à l'analyse critique : « Oui, Théophile Gautier occupe une place considérable ; c'est seulement dommage qu'il l'occupe mal. » Les lettres françaises ont imposé une sorte de quarantaine à ce maître contesté que les lettres étrangères, en revanche, apprécient, comme en témoignent Henry James, Ezra Pound, T. S. Eliot, Amy Lowel, les akhméistes russes... En France, si l'on excepte les anthologies scolaires et les éditions de récits de voyages et de romans – de préférence ceux que Dumas aurait pu écrire –, Gautier a connu la disgrâce d'être un poète proscrit sans être un poète maudit. Il n'en demeure pas moins un merveilleux professeur d'écriture.
1. Points de repère
Théophile Gautier est né à Tarbes, mort à Neuilly ; parmi ses lieux de séjour, Paris l'emporte quantitativement ; il a cependant beaucoup voyagé à travers l'Europe, en Orient, en Afrique. Il fut publié par Le Figaro, Le Parnasse contemporain de l'éditeur A. Lemerre, et fonda en 1836, avec Lassaily, Ariel, journal du monde élégant.
Il fréquenta quelques théâtres dont l'Opéra où il fit jouer des fantaisies, danser des ballets. On lui connaît quelques amours, un fils, des filles. Mais on ne le trouve vraiment que dans son œuvre, dans ses poèmes, et plus particulièrement dans ses « Salons », sa critique d'art et ses relations de voyages.
Les circonstances de la vie ne furent pas cependant étrangères à cette prose et à ces vers. Il n'est pas indifférent que le pays où est né Gautier, où il a vécu peu de temps, où il est retourné longtemps après, en 1859, soit un paysage fort et âpre, situé sur la route de l'Espagne. Le chaud génie du Midi respire là, plus plastique que musical, avec une pointe gasconne qui percera dans Le Capitaine Fracasse (1863).
Il n'est pas indifférent non plus que sa vocation initiale et sa première profession aient été la peinture. Ce sont des sensations de peintre qu'il conserva de ses voyages. Il pratiqua, sans s'y efforcer, par […]
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