3. Gautier et Baudelaire
Baudelaire a inscrit le nom de Gautier à la première page des Fleurs du mal. Se reconnaissait-il en lui ? Et quelle fut la mesure ou quelles furent les limites de sa sincérité ? L'article qu'il lui consacra suggère cette mesure et dessine ces limites. Mais on trouve un goût baudelairien à tel poème de Gautier intitulé « Débauche ». Il y a dans la « Symphonie en blanc majeur » de ces variations sur le thème des correspondances que le xviiie siècle avait transmis au romantisme et que le romantisme transmettra au symbolisme. Dans un poème intitulé « Cariatides », il y a ce même type de transpositions d'art – autre effet de correspondances – que dans « Les Phares ». Surtout, ces autres correspondances, celles qui vont au-delà des sens et des techniques, qui entrent dans les intimes rapports du monde extérieur et du monde intérieur, Baudelaire les a senties, assurément, par lui-même ; mais Gautier avait trouvé des mots où résonne le même dialogue de l'homme et de l'âme :
Devers Paris, un soir, dans la campagne,
J'allais suivant l'ornière du chemin,
Seul avec moi, n'ayant d'autre compagne
Que ma douleur qui me donnait la main.
Allégorie encore, personnification de l'invisible en figures de peinture décorative ; pourtant un halo enveloppe cette poétique menacée par la rhétorique. L'hallucinatoire et l'onirique créent une perspective en faux jour. Comme dans « Le Bateau ivre » d'Arthur Rimbaud qui, lui aussi, vient pour une part de Gautier.
Ces résonances, qui se prolongent dans l'époque fin de siècle, assurent à ce poète, qui certains jours aspirait au néant, une postérité qui, parfois, le méconnaîtra.
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