2. Rituels d'appropriation
L'exposition-rétrospective, organisée par le Centre national de la photographie à l'hôtel Salomon de Rothschild, en 1998, s'intitulait, quant à elle, Doubles-jeux et rassemblait un ensemble, plein de séduction, mélangeant des séries (Rituels d'anniversaires, Suite vénitienne, Le Détective, Les Hôtels, Gotham Handbook, Les Menus, Des journées entières sous le signe du B du C du W). Fragments de textes, artefacts, procédures, installations se déroulaient comme des « jeux de pages », jeux du récit et du non-récit, jeux de l'écriture et de l'image, entre le protocole expérimental et l'aléatoire, voire le happening.
Jeux de chassés-croisés, aussi. L'exposition donnait lieu en effet à un tête-à-tête avec le romancier new-yorkais Paul Auster qui, dans son livre Léviathan, paru en 1993, s'était inspiré de la plasticienne, en ces termes : « Au début elle me faisait un peu peur, je la soupçonnais d'un rien de perversité (qui rendait nos premiers contacts assez excitants), mais avec le temps je compris qu'elle était seulement une excentrique, un être peu orthodoxe, vivant sa vie en fonction d'un ensemble de rites bizarres et personnels. Pour elle, chaque expérience représentait une aventure en soi, créatrice de ses propres risques et de ses propres limites, et chacune de ses entreprises entrait dans une catégorie distincte de toutes les autres [...]. Certains la disaient photographe, d'autres la qualifiaient de conceptualiste, d'autres encore voyaient en elle un écrivain, mais tout bien considéré, je pense qu'il était impossible de la ranger dans une case. Son travail était trop fou pour cela, trop personnel pour être perçu comme appartenant à une technique ou à une discipline particulières.
Des idées s'imposaient à elle, elle menait à bien des projets, des réalisations concrètes pouvaient être exposées dans des galeries, mais cette activité naissait moins d'un désir de création artistique que du besoin de céder à ses obsessions, de vivre sa vie exactement comme […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



