2. Les chemins de la sagesse
La clé de la méthode, c'est l'attention, qui, si elle se rend pure, est comme un holocauste de la conscience : le moi s'oublie, apparaît alors la réalité. C'est toujours l'attention qui la trouve, que ce soit à travers la beauté, la souffrance, l'amour. Et elle la trouve en découvrant la relation entre l'humain et le divin, qui s'appelle l'analogie. Au sens fort, le Logos unique fait la vie de Dieu et la consistance de l'Univers : il est l'Âme de l'Univers et l'Univers est son Œuvre. « L'amitié est une égalité faite d'harmonie », redit-elle après Philolaos. Cette harmonie invisible, fin et loi de construction de toutes choses, est en même temps une personne. La médiation est le Médiateur, et s'appelle le Christ. Simone Weil ne voit rien qui sépare le christianisme authentique et la source grecque, saint Jean et Héraclite. Elle déchiffre toujours le Nouveau Testament dans le texte grec et récuse le Dieu de crainte selon la loi juive, comme aussi le Dieu des Églises ivres de puissance sur les corps et sur les esprits.
C'est dire la place véritablement focale de l'analogie, qui la guide jusqu'en mathématiques. Car la théorie des proportions symbolise l'ordre universel, l'ordre divin. La proportion transparaît visiblement dans la beauté du monde, qui est « la coopération de la Sagesse divine à la création ». La beauté naturelle, signe actif de la présence divine, est « quelque chose comme un sacrement ».
La voie positive de la Beauté demande une âme pure. Mais l'âme se replie sur le moi dont elle fait son dieu, et devient aveugle. Elle est encombrée de sa « pesanteur », encombrée de soi et de son néant. Elle ne peut guère en être libérée que par le malheur. Certes, la pensée spontanément fuit le malheur « aussi irrésistiblement qu'un animal fuit la mort ». C'est pourquoi persévérer dans l'amour alors qu'on souffre le malheur, c'est laisser Dieu « descendre » en nous : « Chaque fois que nous subissons une douleur [...], c'est l'univers, l'ordre du monde, la beauté du monde […]
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