C'est une Russie nouvelle qui naît le 25 décembre 1991, lorsque l'U.R.S.S. est dissoute. Elle dispose certes de la plus grande partie du territoire, de la population et des ressources de l'ex-deuxième puissance mondiale, mais elle hérite également – et à titre principal – des troubles qui avaient conduit l'Union soviétique à voir son économie stagner puis se défaire. La politique économique qui est adoptée début 1992 – dénommée thérapie de choc – voit l'État russe décréter la libéralisation des prix, de la monnaie, des échanges, des activités. Il s'engage – invité par les organisations internationales que sa débâcle préoccupe – à stabiliser la situation économique, en maîtrisant les équilibres budgétaires, monétaires et extérieurs. Il amorce également l'élaboration de nouvelles règles du jeu (propriété, finances, fiscalité, protection sociale...) destinées à encadrer, compte tenu du changement de contexte, le jeu des acteurs sociaux. La Russie va connaître alors une crise intense suivie d'une reprise. Elle va, dans le même temps, procéder à une transformation radicale de ses règles de fonctionnement. Pour autant, la transformation engagée est loin d'être achevée : restent posées des questions cruciales pour l'avenir.
1. Trajectoires
• La grande crise
L'étape initiale de la transition, la libéralisation, débouche sur une exacerbation de la crise et un échappement généralisé à toute discipline. Il faut attendre 1995 pour que la stabilisation souhaitée s'amorce véritablement. Entre-temps, on aura assisté, à la fin de la zone rouble (1993), à une première phase de privatisation, dite privatisation « de masse », à la montée des risques d'éclatement. On aura vu l'inflation atteindre respectivement 1 500 p. 100, 900 p. 100 et 300 p. 100 en 1992, 1993 et 1994. On aura vu la production s'effondrer de 30 p. 100 entre 1992 et 1994.
Le programme adopté en 1995 – en liaison avec le Fonds monétaire international – conduit certes à un ralentissement de la hausse des prix et de la chute de […]
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