Robert Aldrich doit beaucoup à la critique française, qui sut très tôt déceler l'originalité de son talent. Dès 1955, les futurs meneurs de la Nouvelle Vague firent de Kiss Me Deadly (En quatrième vitesse) un de leurs films de chevet. L'œuvre avait, en effet, tout pour séduire : un mélange détonant de violence crue et de poésie ; une liberté formelle surprenante, prémonitoire ; un codage très élaboré, dissimulant sous l'apparence d'un simple film policier de série B une virulente dénonciation du maccarthysme et du péril nucléaire. Réédité depuis lors à plusieurs reprises, En quatrième vitesse conserve l'essentiel de ses vertus, même si son originalité nous frappe désormais de manière moins « physique » que lors de sa création : nous décelons plus aisément ce que ses audaces syntaxiques doivent à Orson Welles ; nous mesurons mieux la part du scénariste A. I. Bezzerides, adaptateur du roman de Mickey Spillane, dans le savant et surprenant mariage de brutalité et de préciosité qui fait la séduction de ce chef-d'œuvre du film noir.
1. Un film-manifeste
Robert Aldrich s'était posé d'emblée un redoutable défi à lui-même. En quatrième vitesse n'en est pas pour autant une réussite totalement isolée dans sa carrière fantasque et irrégulière.
Le « discours » d'Aldrich, qui se développera à partir de ce film charnière (et qui s'esquissait déjà en 1954, dans Vera Cruz), prendra des formes variées, revêtira à l'occasion une tonalité grotesque ou farcesque, s'articulera sur des genres aussi distincts que le western, le film de guerre ou le mélodrame « gothique », mais restera centré, pour l'essentiel, sur les mêmes conflits de valeurs et sur la même typologie de personnages. Par-delà ses errements avoués et ses éclipses successives, Aldrich aura manifesté, en effet, une obstination très méritoire : sa forme particulière d'honnêteté – entachée ici et là de commercialisme patent – aura consisté à reprendre, périodiquement, l'exposé de ses doutes, de ses colères et de ses déchirements. La cohérence […]
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