Né à Reims en 1908, fils d'un instituteur qui ne dédaignera pas la plume, René Daumal semble avoir été porté très jeune à une forme d'hermétisme dont son œuvre portera toujours la trace. Il pressent que l'essentiel est ailleurs, sans doute dans les univers parallèles qu'il sait exister. Cette conviction, il la fait partager aux rares condisciples du lycée de sa ville natale avec lesquels il se sent en communion : Roger Gilbert-Lecomte, Robert Meyrat et Roger Vailland. Ensemble ils vont constituer une espèce de fratrie – les « Simplistes » –, embryon du futur Grand Jeu. Ils se nomment « Phrères » et usent de surnoms : Daumal sera Nathaniel, « phils » spirituel de Gilbert-Lecomte. Au-delà de l'aspect potache de ce groupe de jeunes gens, il y a, sous l'influence de Daumal, une quête qui annonce déjà celle du Grand Jeu : retrouver la connaissance intuitive de l'enfance, modifier, y compris par des moyens artificiels (drogues, tétrachlorure de carbone), les états de conscience habituels afin de se donner la chance d'entrevoir l'au-delà de la vie.
Brillant esprit, « puits de science » selon ses compagnons et ses professeurs, Daumal quitte Reims en 1925 pour Paris, où il entre au lycée Henri-IV. Il lit énormément – ouvrages mystiques, théosophiques, occultistes – et entreprend seul l'étude du sanskrit, ce qui, quelques années plus tard, lui permettra de devenir l'un des meilleurs traducteurs français de textes indiens. Dans le même temps, il poursuit son expérimentation des mondes parallèles et, peu après, se lance dans des expériences de vision paroptique ou extra-rétinienne.
À partir de 1927, Daumal, Gilbert-Lecomte et Vailland vont mettre en pratique les théories élaborées durant les années simplistes. Une revue s'impose : ce sera Le Grand Jeu. Daumal assume presque seul la réalisation du premier numéro qui paraîtra en juin 1928 (Gilbert-Lecomte est absent, et les nouveaux venus – Maurice Henry, Artür Harfaux ou encore André Rolland de Renéville, ne sont pas à Paris). Il y publie, à côté de notes […]
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