Né à Reims dans un milieu bourgeois, Roger Lecomte (il ne deviendra Roger Gilbert-Lecomte qu'en 1928 pour se démarquer d'un père incompréhensif et inflexible) rencontre pendant ses années de lycée Roger Vailland et René Daumal avec lesquels il crée, encore adolescent, la revue Apollo. Les trois amis obéissent alors à la doctrine du « simplisme », qui consiste à préserver obstinément l'esprit de l'enfance. Très tôt, dès 1923, le groupe s'initie aux drogues. Vailland sera hospitalisé en 1927 pour intoxication d'opium. Quant à Gilbert-Lecomte, il sombre dans une dépendance totale : « Lecomte était persuadé qu'une fatalité pesait sur lui, due à l'hérédité ; qu'il ne pouvait s'accepter tel qu'il était, se supporter, supporter la vie, sans la drogue », écrira Daumal en 1944. La drogue l'aide aussi à se « faire voyant » et à obéir ainsi au commandement rimbaldien. Dès le no 2 du Grand Jeu, revue qu'il fonde en 1928 avec, entre autres, Daumal, Vailland et le peintre Sima, Roger Gilbert-Lecomte dit son admiration pour Rimbaud : « Il montre la limite de tout individu parce qu'il vécut lui-même à la limite de l'individu. » Dans ce même texte, il condamne l'art […]
