À regarder le parcours du photographe et cinéaste Raymond Depardon, on ne sait ce qui impressionne le plus : le nombre important d'expositions, de livres publiés, de films réalisés ; la stature et l'autorité gagnées en trente ans de travail ; le chemin parcouru par cet autodidacte, tour à tour paparazzo à l'affût des starlettes, fondateur puis directeur de l'agence Gamma, auteur d'un scoop mémorable sur la prise d'otage de l'ethnologue Françoise Claustre par des rebelles tchadiens, réalisateur de nombreux films documentaires, dont un consacré à Valéry Giscard d'Estaing (longtemps interdit de sortie par l'ancien président de la République), et de spots publicitaires (Philips, Citroën). Tout cela fait de ce personnage qui ne paie pas de mine, plus réservé que timide, au regard bleu métallique, qui ne boit jamais d'alcool et qui se déplace à bicyclette, un artiste « visuel » dont l'œuvre bâtie autour du style documentaire et de l'autobiographie est une des plus importantes d'aujourd'hui.
1. La part de l'intime dans le documentaire
Le cinéma lui a apporté la notoriété, notamment Reporters (le travail au quotidien des photographes de presse, 1981), pour lequel il a reçu le césar du meilleur documentaire. Mais c'est la photographie qui a permis à ce fils de cultivateurs du Beaujolais de se faire une place au soleil parisien, d'avoir accès au cinéma et, surtout, qui lui a permis de définir quelques obsessions qui viennent, sans cesse, marquer son œuvre : l'information et la façon dont elle est rapportée, le souci des « à-côtés » pour dire le monde tel qu'il va, les interférences entre sa vie intime et la vie tout court, entre la réalité et la fiction.
Depardon a également choisi des territoires où il se sent bien, où il retourne toujours. Son œuvre est marquée par ces lieux qu'il photographie ou filme, parfois en même temps, parfois à des années d'écart : la ferme familiale, le désert, l'Afrique, le Vietnam... « Le désert me porte chance », a dit Depardon à Frédéric Sabouraud. Il découvre le Saha […]
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