Mort prématurément, à l'âge de trente-sept ans, Rainer Werner Fassbinder a étonné ses contemporains par la diversité de son inspiration et son exceptionnelle inventivité, lui permettant de réaliser une quarantaine de films et de téléfilms en seulement treize années. La disparition de ce cinéaste inclassable a été annoncée par un important quotidien allemand sous le titre « Notre Balzac est mort ». Ses films constituent en effet un véritable tableau de l'Allemagne fédérale, de sa société, de ses événements (dramatiques ou dérisoires), de ses passions, illusions et bassesses, de ses mythes aussi. Le Mariage de Maria Braun, à n'en pas douter, constitue le premier chapitre de ce qui n'est devenu construction explicite qu'à la fin de sa vie.
Toutefois c'est plutôt du côté de Flaubert, de Maupassant ou de l'Allemand Theodor Fontane (l'auteur d'Effi Briest, dont Fassbinder a fait un de ses meilleurs films) que l'on trouvera ses devanciers littéraires, sans oublier Alfred Döblin, dont Berlin Alexanderplatz fut une de ses références essentielles jusqu'à ce qu'il puisse adapter le livre sous la forme d'une grande fresque télévisuelle qui exigea cinq mois de tournage en 1979-1980. Quant à ses références cinématographiques : Melville, Chabrol, Godard, Douglas Sirk, elles s'expriment seulement dans ses premiers films ou, dans le cas de Sirk, par le biais d'un travail audacieux sur le mélodrame, illustré par une douzaine de films fondamentaux, dont Le Marchand des quatre-saisons (Der Händler der vier Jahreszeiten, 1971), Les Larmes amères de Petra von Kant (Die bitteren Tränen der Petra von Kant, 1972), Tous les autres s'appellent Ali (Angst essen Seele auf, 1973), Effi Briest (Fontane Effi Briest, 1972-1974), Le Droit du plus fort (Faustrecht der Freiheit, 1974), Maman Kuster s'en va au ciel (Mutter Küsters' Fahrt zum Himmel, 1975), Le Mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun, 1978).
L'œuvre de Fassbinder ne saurait être ramenée à ces influences, et encore moins réduite à l […]
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