Douglas Sirk a conquis sa place dans l'histoire du cinéma américain avec une série de mélodrames réalisés dans les années 1950 pour les studios Universal. Produits par Ross Hunter, interprétés par une manière de « troupe » au sein de laquelle se détachent les noms de Rock Hudson, Robert Stack, Dorothy Malone ou Jane Wyman, ces films eurent l'heur de plaire à la fois à un vaste public et à une critique cinéphile qui savait goûter l'alliance du Technicolor et de l'inspiration mélodramatique. Si caractéristiquement hollywoodiens qu'ils paraissent, ils n'en étaient pas moins l'œuvre d'un Allemand qui arriva à Los Angeles à plus de quarante ans au début de la Seconde Guerre mondiale. Sa production, qui appartient sans conteste au cinéma populaire américain, était en outre signée d'un prince de la culture, étudiant des meilleures universités, traducteur de Shakespeare à vingt ans et grand homme du théâtre allemand de l'entre-deux-guerres. De plus, Douglas Sirk était depuis son jeune âge profondément marqué par la culture américaine : du western à la lecture de Walden, c'est tout un pan de l'esprit du Nouveau Monde qui avait été préalablement fréquenté, aimé et bien digéré par […]
