Le destin de la région de l'Italie connue sous le nom de Pouilles a été conditionné, sinon déterminé par sa position géographique. Solidement rattachée au continent de deux côtés, mais baignée par la mer sur trois autres ; plate ou, tout au plus, vallonnée, mais dominée par un massif qui surplombe à pic la mer, le mont Gargano ; extrêmement fertile dans le Tavoliere, particulièrement aride dans les Murge ; battue par tous les vents, ouverte de tous côtés, mais tournée vers l'Orient, elle est tout entière faite, à travers son histoire, de fortunes éclatantes et d'immenses misères, d'échanges et de pillages, de rapports intenses avec l'Europe et la Méditerranée et de languide provincialisme méridional. À cette histoire agitée, les gens des Pouilles ont répondu par une attitude sceptique et réceptive à la fois ; accueillants aux courants les plus divers, aptes à les fondre, ils sont également prompts, dans la vie comme dans les arts, à repousser ce qui ne leur convient pas. Il en résulte des productions très diverses, marquées parfois d'une puissante originalité et de notoriété mondiale, parfois retardataires.
1. Iapygie, Grande-Grèce et Apulie
Premiers conquérants attestés par l'histoire, les Spartiates, fondateurs de Tarente, venaient de la mer. Ils abordèrent une terre habitée depuis des temps immémoriaux, où, d'après des légendes, confirmées par les découvertes archéologiques, les avaient précédés des populations qui leur étaient apparentées : peut-être crétoises, peut-être troyennes, certainement mycéniennes ; populations à côté desquelles continuaient à vivre des indigènes, les Iapyges, qui conservaient jalousement les caractères propres de leur civilisation, bien que les migrations les eussent mis en rapports continus avec les cultures de l'Égée et de la Méditerranée orientale. Les choses ne changèrent guère, même après que Tarente, fondée au viiie siècle avant J.-C., eut commencé son expansion qui devait la conduire à assumer le rôle de capitale de la Grande-Grèce et à exercer une influenc […]
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