Philippe Sollers est né à Bordeaux. Hanté par une question somme toute traditionnelle : Qui suis-je ?, il apparaît, dès son premier texte, Le Défi jusqu'à Paradis et au Portrait du joueur, comme un des écrivains contemporains les plus prolifiques quant à la réponse. De l'esthétisme valéryen à l'engagement au côté du Parti communiste français, puis du maoïsme à l'extériorité de l'artiste baudelairien revendiquant le droit de se contredire, Sollers n'a cessé de multiplier les images de lui-même. Par ailleurs, son itinéraire a longtemps été indissociable de celui de la revue Tel Quel où, à partir de 1960, Sollers et ses amis aidèrent à la relecture de Sade, Bataille, Artaud, Lautréamont..., ou firent écho aux écrits de Barthes, Derrida, Lacan, aux travaux de Julia Kristeva qui firent mieux connaître en France ceux de Mikhaïl Bakhtine et des formalistes russes (Théorie de la littérature, 1966).
Il semble que le projet global de Philippe Sollers soit celui d'une autobiographie totale, à la fois éclatée et totalisante, fondée sur la substitution du langage comme fiction (somme de fictions, d'histoires et d'Histoire, lieu d'une multiple expérience : psychique, physique, idéologique, etc.) à l'illusion du Je comme « instance unaire », imposée, figure de la Loi, de la société, du dogme, du déjà-dit, etc. C'est pour cette raison que Sollers fut amené un temps à récuser ses premiers textes (Le Défi, 1957 ; Une curieuse solitude, 1958 ; Le Parc, 1961), qu'il considéra comme liés inconsciemment à l'« idéologie dominante », et, à la limite, non écrits, puisque selon sa formule, « qui n'écrit pas est écrit ».
C'est avec Drame (1965), salué par un article de Barthes, que se précise cette mise en question de l'unité du sujet dans et par le langage : l'écriture, qui est un geste, n'exprime pas le sujet mais le traverse, lui ôte tout centre et toute origine, révèle ce qui dans le Je vient du Il, du On, du Nous. Projet dont Logiques (1968) fera la théorie en désignant et en commentant les pères de la « rupture » […]
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