Le nom de Paul Rée est indissociablement lié à ceux de Nietzsche et de Lou Andreas-Salomé. Avec eux, Rée forma le célèbre « trio », auquel les biographes se sont souvent attachés au point d'en faire une image d'Épinal. Il est probable que son influence sur Nietzsche mérite d'être appréciée sur un fond plus philosophique et que l'amitié qui a lié pendant dix ans les deux hommes constitue un événement non négligeable pour l'itinéraire nietzschéen lui-même. Né à Bartelshagen en Poméranie, d'une famille de propriétaires terriens, Paul Rée avait donc vingt-quatre ans lorsqu'il rencontra Nietzsche à Bâle, en mai 1873, par l'intermédiaire d'un ami commun, Heinrich Romundt. Très rapidement, les correspondances en témoignent (Nietzsche, Rée, Salomé, Correspondance, P.U.F., Paris, 1979), les deux hommes se lient et forment même le projet d'une sorte de vie commune, d'un « cloître à deux », aux destinées duquel préside alors Malvida von Meysenburg. Nietzsche est déjà l'auteur célébré de l'Origine de la tragédie et des premières Considérations intempestives ; il fréquente Wagner depuis 1868 et se prépare à une rupture avec l'auteur de L'Or du Rhin, que la rencontre avec cet « esprit libre » qu'est Paul Rée va en quelque sorte favoriser. Celui-ci avait entrepris des études de droit à Leipzig et, après la guerre de 1870, décidé de se consacrer à la philosophie, qu'il étudia à Halle. Sa thèse portait sur l'éthique d'Aristote. En 1875, il publia des Observations psychologiques, recueil de maximes et aphorismes, dans lesquels Nietzsche ne pouvait manquer de reconnaître une manière proche de la sienne.
L'amitié entre les deux hommes culmine entre 1876 et 1877, lorsqu'ils partagent tous deux l'hospitalité de Malvida von Meysenburg à Sorrente, en Italie, et que Paul Rée publie L'Origine des sentiments moraux (Der Ursprung der moralischen Empfindungen), ouvrage auquel Nietzsche va répondre avec Humain, trop humain. Il y a alors quasiment identification entre la pensée des deux hommes. On s'accorde généralement à p […]
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