Né à Vienne, Paul Lazarsfeld est, comme Robert Merton, l'un des quatre ou cinq sociologues de sa génération qui auront le plus fortement marqué l'histoire de leur discipline.
Sa trajectoire n'est pas celle d'une carrière universitaire classique. À Vienne, il mène de front des études de Staatswissenschaft, c'est-à-dire de droit et d'économie, et de mathématiques. Pourvu d'un doctorat en mathématiques appliquées, il enseigne les mathématiques et la physique dans un Gymnasium jusqu'à l'arrivée à Vienne de deux célèbres psychologues, Karl et Charlotte Bühler, qu'il convainc de créer un centre de recherche en psychologie économique (Wirtschaftspsychologische Forschungsstelle) : il s'agit d'appliquer la psychologie à des problèmes économiques et sociaux. Ce projet, profondément novateur pour l'époque, a sa source, comme il l'a écrit dans un texte autobiographique (« An Episode in the History of Social Research ; A Memoir », in Perspectives in American History, vol. II, 1968), dans une sorte de sublimation de ses passions politiques. Militant actif dans le mouvement socialiste étudiant, il assiste à la montée du nationalisme et au repli du socialisme. « Une révolution en marche, déclare-t-il alors, a besoin d'économie (Marx), une révolution victorieuse d'ingénieurs (la Russie), une révolution vaincue de psychologie (Vienne). » Jeunesse et Emploi (Jugend und Beruf, 1931), puis Les Chômeurs de Marienthal (Die Arbeitslosen von Marienthal, 1933) traduisent cet axiome sous forme de recherche.
1. Un sociologue aux États-Unis
En septembre 1932, Lazarsfeld part pour les États-Unis muni de la bourse Rockefeller que lui avait value l'étude sur Marienthal. À l'expiration de sa bourse, il retourne en Europe. En 1934, le Parti socialiste d'Autriche est déclaré illégal. La plupart des membres de sa famille sont arrêtés. Il perd son poste dans l'enseignement secondaire. Seule est maintenue la vague charge de cours à l'université de Vienne qui couvrait ses activités de recherche. Il décide d'employer les dolla […]
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