L'Oberman de Senancour, publié en 1804 sans aucun succès, est un de ces livres du seuil de la modernité, où se révèle, à l'état pur et hors de toute catégorie générique, une conscience. Bien sûr, Oberman, l'« homme des hauteurs », est avec René ou Adolphe un des premiers « enfants du siècle ». Mais il faut relire cette œuvre pour mesurer aussi que la mélancolie est le point initial d'une quête qui nous est essentiellement proche – « Senancour, c'est moi », dira Proust ; celle d'un lieu où être.
Il est tentant d'identifier l'auteur, Étienne Pivert de Senancour, à son personnage : Sainte-Beuve, l'un des premiers, suivit cette piste voyant dans Obermanmoins une réécriture de sa biographie qu'une projection de sa vie. Mais Oberman n'est pas une autobiographie, insiste l'auteur qui brouille à plaisir les références (dates, lieux, noms). Est-ce même un roman ? C'est, dans son genre, un roman par lettres, mais à la manière du Werther de Goethe : les quatre-vingt-neuf lettres de la première édition – auxquelles s'ajoute le supplément de la seconde (1833) – sont celles du seul Oberm […]
