2. Évolution d'un procédé
L'histoire récente de cette forme fait apparaître une nette désaffection pour la réflexion « simple » au profit de la réflexion à l'infini et de la réflexion aporistique – autrement dit une préférence marquée pour les structures paradoxales et labyrinthiques – en même temps qu'elle révèle, concurremment pourrait-on dire, une pseudomorphose de la procédure désormais placée sous le signe de Roussel et de Mallarmé plutôt que de Gide.
Telle que Jean Ricardou la conçoit par exemple, la mise en abyme doit œuvrer non seulement dans l'infiniment petit (au niveau des phrases, des mots, des lettres même, d'où l'intérêt porté aux anagrammes), mais aussi dans l'infiniment grand (le récit devenant réflexif en son entier). Avec une définition si large et si laxiste, on voit mal comment le concept gidien pouvait ne pas subir une mutation ou une dissipation de sens, motivées ici par l'évolution du Nouveau Roman lui-même. À ses débuts, celui-ci se concevait essentiellement comme critique des formes romanesques traditionnelles et exploration de nouveaux modes narratifs. Or, éclairés par la logique propre de leur travail et l'avancée théorique qui s'est opérée entre 1960 et 1970, certains nouveaux romanciers ont pris conscience qu'ils ne quitteraient pas le terrain de la représentation tant qu'ils ne souscriraient pas à une pratique de l'écriture conçue comme expérience radicale du langage. Cette conviction portait à conséquence : faire sienne la notion d'écriture ainsi que celles, tout aussi fondamentales, de texte et de production, n'était-ce pas congédier, du même coup, l'ancienne mise en abyme ? Bien qu'elle fût naguère un organe de contestation et de progrès, celle-ci n'apparaissait-elle pas désormais comme la séquelle d'une pratique dépassée, puisqu'elle avait partie liée avec le centrage, la hiérarchisation et la stabilisation du récit et que, de surcroît, elle tendait à masquer l'aventure de l'écriture quand il eût fallu montrer, en acte, un travail imprévisible […]
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