Réalisé en 1971, le premier long métrage de Mike Leigh, Bleak Moments, fait de lui, aux yeux de la critique internationale, un des chefs de file du nouveau cinéma britannique, aux côtés de son aîné Ken Loach. Mais son second long-métrage de cinéma ne verra le jour que dix-sept ans plus tard, la noirceur de son univers et sa méthode de travail ayant rebuté nombre de producteurs.
Né en 1943 à Salford (Lancashire), Mike Leigh entre en 1960 à la Royal Academy of Dramatic Art mais la quitte deux ans plus tard, la trouvant trop académique, pour étudier le dessin, puis s'initier au cinéma à la London International Film School. Quoique le cinéma soit sa première passion, il participe au travail de troupes expérimentales et de la Royal Shakespeare Company. Il écrit et monte sa première pièce, The Play Box, en 1965. Bleak Moments sera sa dixième pièce, avant de devenir un film. La méthode de Mike Leigh repose sur l'improvisation, une improvisation qui ne se déroule pas devant la caméra mais durant des semaines de répétition avant le tournage. Il part d'un canevas très mince et construit progressivement characters et scénario avec la participation des acteurs. Bleak Moments décrit la vie quotidienne d'une secrétaire qui veille, dans son pavillon d'une banlieue sinistre, sur sa sœur mentalement retardée et n'arrive pas à communiquer avec un instituteur complexé, un jeune marginal mal dans sa peau, une collègue de bureau qui fuit les imprécations de sa vieille mère... Une caméra discrète enregistre ces silences gênés, ces conversations de diversion, ces gestes manqués, ces « moments tristes, sombres », faits de pure durée. Mais Mike Leigh ne cherche pas à apitoyer. Le malaise, la maladresse pathétique des personnages, engendrent humour et distance.
Tout en continuant à écrire et à monter des pièces de théâtre, Mike Leigh tourne pour la B.B.C. et Channel Four, de 1972 à 1985, une quinzaine de téléfilms, où il approfondit sa vision d'un univers presque minimaliste (décor, récit, dramatisation) et sa description de l […]
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