« Maximilien Luce. Un nouveau venu, un brutal et un loyal au talent fruste et musculeux. Dans des mansardes sans femmes, un ouvrier nu-torse se débarbouille, un autre trempe une croûte dans un bol. Les plus lépreux abords des fortifications, il les peint... » En prenant ces quelques notes à la troisième exposition de la Société des artistes indépendants, en 1887, Félix Fénéon définissait avec la justesse et la concision qui lui sont propres ce qui devait faire l'originalité de Luce. Ancien ouvrier graveur, celui-ci n'a cessé dans son œuvre d'affirmer vigoureusement ses conceptions socialisantes, mais c'est au moment où il travaille avec Seurat et où Fénéon le découvre que sa peinture devient particulièrement intéressante. Auparavant, son souci de réalisme « prolétarien » s'exprimait en teintes assourdies ou dans la manière un peu sèche d'un Raffaëlli. À partir de 1887, et pour quelques années, avant-garde politique et avant-garde artistique tentent de se rejoindre : Luce adopte la technique néo-impressionniste de la touche divisée et de l'application scientifique de la théorie des couleurs. Après des mises en œuvre assez strictes (La Seine à Herblay, 1890, musée d'Art moderne, Paris) ou des thèmes plus classiques (La Toilette, intérieur, 1894, anc. coll. Fénéon), son œuvre culmine dans les paysages du Borinage où il se rend en 1896 : la civilisation industrielle fait son entrée dans la peinture réellement moderne, comme elle le fait au même moment dans la poésie d'un Verhaeren (La Sambre, Marchienne au Pont, 1899, anc. coll. Fénéon ; Les Fumées sur la ville, 1899, œuvre dédiée à Marthe Verhaeren). Par la suite, sa peinture, toujours aussi engagée (plusieurs Hommage à la Commune, de 1905 à 1918), revient progressivement à des techniques plus simples ; elle a été mise en valeur par une étude très complète (P. Cazeau, Maximilien Luce, Lausanne-Paris, 1982). Le coloris souvent agressif ou maladroit de Luce a pu prêter à discussion, mais la perfection formelle n'est certainement pas l'intérêt principal de sa peinture : « C'est par l'inquiète et autonome personnalité qui s'y empreint que tout tableau de ce peintre requerra l'examen à l'égal d'œuvres plus parfaites » (F. Fénéon, 1888).
Jean-Paul BOUILLON
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