L'œuvre que le physicien allemand Planck a accomplie au cours de sa longue vie est fondamentale. Einstein a salué en son auteur « un homme à qui il a été donné de doter le monde d'une grande idée créatrice » et dont la découverte « devint la base de toute la recherche en physique au xxe siècle ». Louis de Broglie, parlant à son endroit de gloire immortelle, a profondément saisi le message de cette œuvre, dramatique par rapport à l'ère atomique qu'elle a inaugurée, en ajoutant que « si quelque cataclysme ne vient pas anéantir notre civilisation, les physiciens des siècles à venir parleront toujours de la constante de Planck et ne cesseront de répéter avec admiration le nom de celui qui a révélé aux hommes l'existence des quanta ».
Planck est venu au monde en un temps où la physique du continu – natura non fecit saltus, la nature ne fait pas de sauts, comme l'avait écrit Leibniz – était encore souveraine. Il a pris si largement sa part au perfectionnement de cette physique qu'il a mérité d'être « le dernier grand représentant de l'époque classique » en même temps que « le promoteur de toutes les nouveautés » (Werner Heisenberg). Car c'est lui qui, sous la contrainte de la logique interne d'une évolution et de faits nouveaux, a fixé les bornes de la continuité et introduit le saut, par ce concept de quantum d'énergie qui commande tous les progrès de la théorie moderne de la matière.
Ceux qui ont vécu au début du xxe siècle le passage à des conceptions nouvelles ont volontiers parlé de la crise de la physique. Bien que sensible à ce que ce mot évoque, Planck, profondément attaché à l'idée traditionnelle de l'existence objective d'un monde réel, n'a pas ménagé ses forces au service d'une reconstruction totale de l'édifice scientifique.
Mais ce n'est pas le seul domaine dans lequel il a été appelé à promouvoir un témoignage exemplaire. Fidèle à sa nation à travers des événements qui l'atteignaient douloureusement, il a montré, là aussi, qu'il savait voir au-delà des situations historiques d'un moment. Sa haute stature intellectuelle et morale inspire le respect.
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