2. Classique et novateur
Du classique, Ravel possède le goût pour la perfection de la forme et de l'écriture. Du novateur, il a l'esprit de recherche, l'amour de la découverte et de la solution inédite. Mais ces solutions inédites, il les cherche plutôt dans un développement, dans une extension des démarches de ses prédécesseurs que dans l'invention de procédés nouveaux. Sur le plan de l'écriture mélodique ou harmonique, Ravel a plus volontiers recours, pour permettre à son imagination de s'exercer sur des recettes non encore éprouvées, à des formules anciennes, à des rajeunissements insolites (Ma Mère l'Oye, 1908 ; Le Tombeau de Couperin, 1918) plutôt qu'à des trouvailles qu'il juge hasardeuses et, peut-être... de mauvais goût. Sur le plan de la forme, il innove peu et, en tout cas, moins que Debussy car, lorsqu'il se penche vers l'un des schèmes formels les plus traditionnels, il en respecte généralement la structure essentielle. À cet égard, le Quatuor de Debussy, comparé à celui de Ravel, est beaucoup plus novateur. On a dit que Ravel était un classique. C'est juger là moins de sa technique que de son esprit. Ravel est classique en ce sens qu'il respecte profondément une tradition de rigueur, de clarté, et même de sagesse. S'il suffisait pour être novateur de faire ce que nul autre n'avait fait auparavant, bien d'autres musiciens que Ravel le seraient. S'il suffisait pour être classique ou « néo-classique » de copier des moules anciens sans chercher à y modeler des idées nouvelles, il suffirait, également, d'être bon élève. Mais Maurice Ravel n'est pas non plus un révolutionnaire : il affine, cisèle, aiguise le système tonal traditionnel sans vouloir lui trouver des prolongements radicaux. Il est, essentiellement, l'homme de la mesure.
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