Avec Fauré et Debussy, dont il était le cadet, Ravel partage la gloire d'avoir « fait » la musique française du premier tiers du xxe siècle. Élève du premier, auquel il dédia son Quatuor à cordes, la mode et le snobisme des premières années du siècle voulurent faire de lui un rival du second. Il s'agissait d'une erreur de perspective, comme il s'en produit fréquemment lorsqu'on manque du recul nécessaire, car la personnalité de Ravel est unique et toute comparaison avec un autre musicien, même avec l'un de ses obscurs épigones, ne saurait être qu'artificielle. Cette personnalité paraît d'ailleurs paradoxale, pour peu qu'on cherche à l'analyser. Novateur hardi, Ravel marque cependant assez faiblement de son empreinte les musiciens qui lui succèdent ; toutefois, durant de longues années, les candidats au prix de Rome se sont obstinés à l'imiter. Musicien rigoureux, amoureux des agencements sonores longuement calculés et réfléchis, il n'obtint pas, lui-même, cette récompense suprême. Inventeur audacieux de savoureux agrégats harmoniques, il manifeste un amour constant pour les formes musicales traditionnelles (son Quatuor est presque une forme « d'école » et il fait survivre dans plusieurs de ses œuvres l'esprit des « suites françaises »). Orchestrateur prodigieux, il lui arrive souvent de ne pas penser directement pour les timbres instrumentaux et d'orchestrer, ensuite, des œuvres déjà écrites pour le piano. Épris de liberté, il paraît s'imposer perpétuellement d'insolubles gageures. Mais il reste à cette personnalité au moins deux constantes : le perpétuel souci de la perfection et le culte de la clarté. Il est juste, d'ailleurs, de parler de constantes, car si, chez la plupart des musiciens, on observe une évolution entre la jeunesse et la maturité, l'œuvre de Ravel jouit d'une remarquable unité. Chez lui, point de balbutiements ou d'essais maladroits ; dès ses premières compositions, il accède à la maîtrise. En revanche, on ne trouve pas dans ses derniers travaux cette […]
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