2. Violence et contestation
La Ciudad y los Perros (1962, La Ville et les Chiens) impose la renommée de Vargas Llosa. Ce roman touffu, à la fois classique et d'avant-garde par sa technique narrative, retrace la vie des cadets du collège militaire Leoncio-Prado, à Lima (l'auteur s'inspirant des deux années qu'il y passa lui-même). Cet univers répressif, d'une brutalité exacerbée par la réclusion, reflète, comme un microcosme, l'image de la société péruvienne. Les « Chiens », ce sont les cadets de ce collège militaire à la discipline de fer et aux horizons bornés par la brutalité, la sottise, l'ignorance des éducateurs. Brimades, sévices, dénonciations, exactions, voilà l'univers concentrationnaire où ne règne que la loi du plus fort. À l'instigation de l'un des cadets, le Jaguar, un méfait est commis : le vol des questions d'examen de fin d'année. Ce vol est dénoncé par l'Esclave, qui est le souffre-douleur de ses camarades. Quelque temps après, l'Esclave, au cours de manœuvres de tir, est tué d'une balle perdue. Auparavant, il s'était confié à l'un de ses amis, Alberto Fernández, lequel écrit des romans pornographiques, qui circulent en secret parmi les adolescents. Fernández voudrait dénoncer à ses chefs l'origine de la mort apparemment accidentelle de l'Esclave. Un ignoble chantage empêchera la vérité d'éclater. Quelques années plus tard, Alberto Fernández et le Jaguar se rencontreront de nouveau. À la lumière de leur éducation de jeunes cadres de la nation, ils essaieront de confronter leurs expériences et d'éclairer les valeurs morales qui fondent la société dont ils sont désormais les otages et les complices. Le livre a une telle force de vérité et de scandale qu'il donna lieu dans la réalité, de la part des officiers du collège, à une véritable cérémonie expiatoire.
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