Marie-Dominique Chenu, fils d'un petit industriel, est né près de Paris, à Soisy-sur-Seine. Pur hasard, dans cette même commune, les dominicains, exilés en Belgique depuis 1903, installeront le couvent d'études de la province de France quand ils rentreront à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Attiré par la vie religieuse, soucieux d'un ordre à la fois intellectuel, contemplatif et apostolique, le jeune Chenu entre chez eux, où il reçoit toute sa formation à l'école de saint Thomas d'Aquin.
Léon XIII avait poussé au renouveau du thomisme, mais sans trancher entre les écoles. Chez les dominicains, face à la tendance dominante, spéculative et déductive, commença de s'affirmer un courant historicisant : saint Thomas devait être replacé dans le mouvement intellectuel de son siècle, à la manière dont les exégètes s'occupaient à situer la Bible dans l'histoire et les civilisations du Proche-Orient. Historien-né, le père Chenu pouvait s'appuyer sur l'exemple de deux grands dominicains, Mandonnet et Lagrange, puis, bientôt, sur les encouragements d'Étienne Gilson, de onze ans son aîné. De là son premier livre important, La Théologie comme science au XIIIe siècle.
À ses travaux, il ajoute un rôle d'animation : régent du couvent d'études de la province dominicaine de France-le Saulchoir en 1932, érigé par le Saint-Siège en facultés canoniques, dont il est nommé recteur ; fondateur à Montréal (Canada) de l'Institut d'études médiévales, puis, avec le cardinal Tisserant, de l'Institut d'études orientales au Caire. En 1937, il présente 1'esprit de ces efforts dans un petit livre, Une école de théologie, le Saulchoir, qui émeut à Rome les milieux théologiques : en 1942, il sera mis à l'index et destitué de ses fonctions.
Désormais, il s'abandonne à son autre vocation, le soutien spirituel de ceux – prêtres ou laïcs, hommes et femmes – qui sont engagés à la pointe de l'Église, dans l'Action catholique ou missionnaire, en pleine connivence avec ses frères dominicains des éditions du Cerf et de La Vie in […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



