Marie-Dominique Chenu, fils d'un petit industriel, est né près de Paris, à Soisy-sur-Seine. Pur hasard, dans cette même commune, les dominicains, exilés en Belgique depuis 1903, installeront le couvent d'études de la province de France quand ils rentreront à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Attiré par la vie religieuse, soucieux d'un ordre à la fois intellectuel, contemplatif et apostolique, le jeune Chenu entre chez eux, où il reçoit toute sa formation à l'école de saint Thomas d'Aquin.
Léon XIII avait poussé au renouveau du thomisme, mais sans trancher entre les écoles. Chez les dominicains, face à la tendance dominante, spéculative et déductive, commença de s'affirmer un courant historicisant : saint Thomas devait être replacé dans le mouvement intellectuel de son siècle, à la manière dont les exégètes s'occupaient à situer la Bible dans l'histoire et les civilisations du Proche-Orient. Historien-né, le père Chenu pouvait s'appuyer sur l'exemple de deux grands dominicains, Mandonnet et Lagrange, puis, bientôt, sur les encouragements d'Étienne Gilson, de onze ans son aîné. De là son premier livre important, La Théologie comme science au XIIIe siècl […]
