5. La personnalité et le rôle de Mahomet dans l'islam
Si le développement postérieur de l'islam est dû aux circonstances (pour ceux qui n'y voient pas la main de Dieu), une part importante de son succès vient néanmoins du génie de Muḥammad. On peut le créditer d'une grande intelligence, d'une habileté et d'une ténacité remarquables, d'un sens très fin des hommes et des situations. Au début, une flamme ardente l'emporte, l'indignation le brûle et s'exprime en une véhémente poésie. Certes, le succès le gâta quelque peu, il en vint à croire un peu trop facilement à des inspirations qui satisfaisaient ses penchants naturels. Mais il n'y a pas de raison majeure de mettre en doute sa sincérité jusqu'au bout. Il faut tenir compte des mœurs du temps et de son pays pour juger certains de ses actes, atroces ou quelque peu hypocrites (encore qu'ils semblent avoir suscité quelque réprobation à l'époque même). On voit là surtout la dégradation habituelle de la mystique (car ce fut une grande personnalité religieuse) en politique, avec toutes les suggestions pernicieuses de la raison d'État. Il montra, en bien des cas, de la clémence, de la longanimité, de la largeur de vues et fut souvent exigeant envers lui-même. Ses lois furent sages, libérales (notamment vis-à-vis des femmes), progressives par rapport à son milieu.
Sa vie privée influa sur ses déterminations et même sur ses idées. Après la mort de Khadīdja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite ‘Ā'isha, fille d'Abū Bakr, qui avait à peine une dizaine d'années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages. Cela n'alla pas sans jalousies, intrigues et parfois scandales avec d'opportunes interventions d'Allāh. Le groupe constitué par sa fille Fāṭima et ‘Alī, qui épousa celle-ci (ils lui donnèrent deux petits-fils, Ḥasan et Ḥusayn), était hostile à celui que formaient deux des coépouses du Prophète et leurs pères Abū Bakr et ‘Umar, conseillers de celui-ci. Cette rivalité devait avoir de graves conséquences plus tard.
La glorification de Muḥammad devait aller croissant après sa mort. Symbole de l'unité de la nouvelle foi, il se vit attribuer des charismes de plus en plus éminents, en particulier pour le placer au moins à égalité avec les fondateurs des autres religions. Certaines sectes allèrent jusqu'à le déifier. Un véritable culte s'organisa autour de sa personne et ses reliques furent particulièrement vénérées. Encore aujourd'hui, si on n'applique plus comme autrefois la peine de mort à l'encontre de ses insulteurs, il reste impossible de manquer de respect envers sa mémoire (ou de paraître en manquer) dans les pays musulmans.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



