Née au Havre, orpheline, Madeleine de Scudéry reçoit une éducation d'une solidité rare pour son sexe, qui contrebalance son goût précoce des romans, et elle se fixe à Paris. Sa laideur lui ôte l'espoir de s'y marier, mais son esprit et l'agrément de sa conversation lui ouvrent l'hôtel de Rambouillet. Elle se lie avec Mlle Paulet et avec Montausier, Chapelain, Conrart, Ménage, Godeau. Bientôt « Sapho » — c'est le nom qu'elle se donne à elle-même dans Le Grand Cyrus — reçoit chez elle, le samedi. Parmi ses hôtes, Mmes de La Fayette, de Sévigné, MM. de La Rochefoucauld, Sarasin, Isarn ; des bourgeoises précieuses comme Mme Aragonnais, Mlle Robineau. Conrart introduit Pellisson, qui, aussi laid qu'elle, devient pour cinquante ans ami tendre, en tout bien tout honneur.
On parle romans et vers nouveaux, on échange des madrigaux, on en consacre à la fauvette de Sapho, on disserte du cœur, on rédige une Gazette du Tendre. Mlle de Scudéry se passionne pour la Fronde ; plus tard elle reçoit une pension de Fouquet. Mais elle n'a à souffrir ni de l'échec de l'une ni de la chute de l'autre. Ses romans, que son frère signe pour la bienséance sans que l'on soit même absolument sûr qu'il en écrive les récits de batailles, font les délices du public français et étranger. Après Ibrahim (1641), où revivent les paysages de Provence traversés naguère par l'auteur, les dix volumes d'Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653) tracent les portraits des héros de la Fronde, les dix volumes de Clélie (1654-1660) animent autour de la Carte de Tendre la société des samedis. Ces romans pseudohistoriques ennuient aujourd'hui par la monotonie et l'abstraction des analyses, des conversations et même des descriptions, sans parler de l'invraisemblance. Ils ont suscité les railleries justifiées de Boileau. Mlle de Scudéry sut abandonner à temps le genre ; à son heure, il a aidé à affiner la psychologie classique et la délicatesse des mœurs.
Jean MARMIER
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