Amorcée dans les certitudes militantes du free cinema du début des années 1960 en Angleterre, la parcimonieuse carrière de Lindsay Anderson (six longs-métrages en trente ans) se démarqua ensuite de cette première veine réaliste. Ce faisant, et après le retentissement soixante-huitard de If..., le cinéaste convainquit de moins en moins la critique et le public, laissant le souvenir d'un théoricien fervent, plus que d'un réalisateur inspiré.
Au lendemain de la guerre, après trois années passées dans l'armée des Indes (où son père fut officier), Lindsay Anderson participe à la création par Gavin Lambert des revues Sequence (éditée par l'université d'Oxford) puis Sight and Sound, qui vont œuvrer pour un cinéma libre où prédomine la responsabilité morale et sociale. Il y fustige l'académisme du cinéma anglais traditionnel, autant que l'impérialisme de Hollywood. En même temps, Anderson revendique l'influence de John Ford, qu'il considère comme son maître (il lui consacrera en 1981 un ouvrage remarquable). Parallèlement, il tourne des courts-métrages à l'amateurisme « expérimental » (dans O Dreamland, 1953, il promène librement sa caméra dans une fête foraine).
C'est en 1963 qu'il réalise son premier long-métrage de fiction, et sans doute le meilleur : Le Prix d'un homme (This Sporting Life), d'après David Storey, met en scène un mineur du Yorkshire qui parvient à échapper à sa condition en devenant champion de rugby à XIII. Son agressivité fait merveille sur le terrain, mais, dans sa vie privée, ce tempérament est un handicap qui mène à l'échec sa relation avec une jeune veuve (Rachel Roberts). Un réalisme tranchant et l'interprétation spectaculaire de Richard Harris font du film une incontestable réussite, mais son échec commercial contribue à affaiblir l'intérêt des producteurs envers le courant vite épuisé du free cinema. Lindsay Anderson poursuit son activité critique, retourne au documentaire, met en scène pour la télévision et le théâtre.
If... (1968) fait scandale dans son pa […]
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