3. Existence et transcendance
• Savoir et limites
La philosophie est pour Jaspers suprêmement sérieuse. Elle engage l'être entier, elle est cet engagement même, avec la conscience de plus en plus claire que nous prenons de son caractère absolu. Mais c'est un engagement sans credo, puisque l'une des démarches décisives de la quête philosophique consiste à en démontrer l'impossibilité. Et c'est un engagement sans subordination à aucune autorité incarnée, institutionnalisée ou consacrée, fût-ce celle d'un livre ou d'un texte. C'est un engagement sans objet parce qu'il engage envers la vérité, et que la vérité ne saurait se réduire à un objet. La vérité, quand c'est bien elle que l'on veut, et non l'un de ses succédanés, échappe à toute possession : ni objet, ni sujet, elle est l'horizon d'être que vise toute connaissance déterminée, saisie à l'intérieur des conditions engendrées par la scission sujet-objet. Les connaissances particulières sont certes valables, relativement à un certain point de vue et à certaines méthodes, et, dans ces limites relatives, elles sont contraignantes pour tout esprit humain. Mais elles ne sont pas, elles ne peuvent pas être la vérité. L'amour même des sciences suscite l'examen critique des conditions et des limites de leur validité, qui leur donne la transparence permettant, au-delà d'elles, l'interrogation philosophique.
On pourrait dire que la philosophie de Jaspers tend à expliciter ce que nous apprend sur l'être, et sur notre rapport à l'être, l'échec d'une ontologie. Mais, de même, toute science de l'homme, toute anthropologie est impuissante à saisir réellement son objet : l'homme est toujours autre chose que l'objet d'un certain savoir. Lui aussi existe en tant qu'homme au-delà de la scission sujet-objet, et donc des conditions de la connaissance scientifique.
La science n'en est pas moins non seulement une activité nécessaire, mais aussi une des conditions indispensables de toute quête philosophique authentique. Explorant l'ordonnance d'un […]
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