Romantique jusqu'à l'excès, Słowacki n'est cependant pas de ceux qui introduisirent le romantisme en Pologne : il est de dix ans plus jeune que Mickiewicz et Malczewski.
Słowacki resta marqué par les traits les plus caractéristiques du romantisme international : byronisme, mise en scène bariolée et exotique, culte du souvenir, aspiration à un monde différent et inaccessible, fusion aimante avec la nature, célébration passionnée de la liberté et haine de toutes les tyrannies, conception foncièrement esthétique du monde et du destin des hommes...
Le romantisme a joué dans la vie et l'histoire polonaises un rôle qui dépassait de loin l'influence d'un courant littéraire. C'est pourquoi Słowacki, lui aussi, imprégna profondément la conscience nationale, façonna la manière de sentir et de penser de générations entières. Ce fut la récompense posthume de ce solitaire, qui rêvait d'être un guide spirituel. Aujourd'hui, Słowacki redevient ce qu'il fut avant tout : un très grand poète. Son œuvre demeure déroutante à bien des égards : capricieuse, multiforme, exprimant, tour à tour, un sentiment romantique de profonde altérité, une vision réaliste, ironique des hommes et, enfin, des élans mystiques aux incroyables ambitions. Il créa un nouveau langage de l'imagination, balaya, plus que tout autre, les conventions et les limites de la littérature, jeta les fondements du théâtre polonais moderne. Il fut l'incarnation vivante du romantisme dans ce qu'il avait d'individualiste et de social à la fois.
1. L'exilé
Né à Krzemieniec, Juliusz Słowacki, orphelin à cinq ans, grandit entouré des soins d'une mère qu'il aime d'une passion presque maladive. Mais les événements se chargent vite de détruire l'univers livresque où il semble s'enfermer. Extraordinairement précoce, connaissant parfaitement cinq langues, élevé dans un milieu très lettré (son père, Euzebiusz, était professeur de littérature à l'université de Wilno), Słowacki se plonge, dès sa quinzième année, dans la lecture de Byron et de Mickiewicz. Il s'identifi […]
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