2. La fulgurance des signes
Sternberg était l'auteur de la plupart de ses films ; il en écrivait ou revoyait le scénario, inspirait les décorateurs et les costumiers, dirigeait ou supervisait les prises de vue, intervenait personnellement au montage, et allait jusqu'à composer certaines partitions musicales.
Fausse modestie ou provocation, Sternberg a toujours refusé qu'on lût ses films à plusieurs niveaux. Selon lui, décors, meubles, objets, costumes, éclairages, panoramiques ou contrepoint image-son ne dépasseraient pas leur signification immédiate. Mais comprenait-il lui-même pourquoi il les avait si minutieusement choisis ?
Il usait cependant du langage cinématographique en pleine connaissance de cause : « La caméra, étant mobile, peut regarder le sujet d'en haut, d'en bas, le rapprocher, le repousser, le révéler, le dissimuler, imposer un « tempo », ajouter un millier de variables, grâce aux jeux illimités de l'ombre et de la lumière. »
De fait, ses images et ses sons renvoient, comme autant de signifiants, à un univers propre.
Sternberg avant tout compose des images. Il regarde souvent la mer, qui permet tous les rêves d'évasion, et la boue des ports, qui les renforce. « Partie du port de San Pedro, que fouille la grue de Salvation Hunters, l'œuvre de Sternberg parvient aux rives fiévreuses d'Anatahan, et se définit comme une ample et inquiète méditation sur l'eau » (Marcel Oms). C'est un homme de décors (les grues des ports qui draguent des immondices, les filets qui dans le cabaret de L'Ange bleu, entortillent le professeur Unrath) et de costumes (les toques de minoches, les boas, les ornements de plumes dessinés par Travis Banton pour Evelyn Brent et Marlene Dietrich, symboles d'une fluide fragilité ou d'un onirisme trompeur, les dessous de dentelles, les bas transparents, les jarretières, générateurs d'un érotisme de pacotille). Mais c'est aussi un chantre par l'absurde de la lumière, avec des éclairages complexes, où les zones claires et les coins obscurs, dans la tradition expr […]
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