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PRÉVERT JACQUES (1900-1977)

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3.  Le quotidien et le merveilleux

On est loin, cette fois, du poète d'Octobre qui écrivait des saynètes édifiantes pour réconforter les grévistes des années 1930. Mais les poètes ne changent pas de morale comme de couvre-chef : c'est toujours le même homme qui parle, toujours la même voix que l'on entend.

Tout au long de sa vie, Jacques Prévert n'a jamais cessé de défendre les faibles contre les forts, les pauvres contre les riches, les exploités contre les exploiteurs. Cependant, d'une année à l'autre, sa pugnacité s'est émoussée. Ou, plus exactement, dédaignant toute analyse politique détaillée, son attitude s'est ramenée à ceci : « À bas les patrons ! À bas l'armée ! À bas les curés ! Vive le peuple ! » Cette profession de foi s'établissant en outre sur une générosité profonde et inusable, elle refuse naturellement toute violence délibérée. On reconnaît là cette sorte d'anarchisme bon enfant qui connut le succès, entre les deux guerres, auprès de nombreux intellectuels que rendait méfiants l'action directe des partis. Prévert prône plutôt le refus que la révolte et ne pousse pas le peuple à la révolution. On pourrait se demander si cet homme qui déteste toute forme d'oppression ne pressent pas la triste inutilité d'un changement de régime qui ne sera qu'un changement de pouvoir.

Aujourd'hui, à mesure que l'époque du Front populaire s'éloigne, l'illusion d'un paradis social commence à se dissiper et les textes « politiques » de Prévert perdent parfois de leur alacrité : reste le merveilleux.

On a un peu de mal, de nos jours, à imaginer le novateur que fut Jacques Prévert dans ce domaine. Depuis plusieurs décennies, les petits poètes et les chanteurs à la mode peuplent les champs et les bois, les gouttières et les trottoirs, de fleurs qui soupirent, de bêtes qui parlent et de maisons qui marchent. Il n'en était pas de même en 1930. La poésie restait sur son quant-à-soi (même chez Apollinaire et Max Jacob) : le merveilleux logeait sur des cimes parnassiennes. Prévert est le premier, ou peu s'en faut […]

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