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PAROLES, livre de Jacques Prévert

Déjà connu comme scénariste et dialoguiste du film de Jean Renoir Le Crime de Monsieur Lange (1935) et de nombreux films de Marcel Carné (Drôle de drame, 1937 ; Quai des brumes, 1938 ; Les Visiteurs du soir, 1942 ; Les Enfants du paradis, 1943), Jacques PrévertJacques Prévert (1900-1977) publie Paroles en mai 1946, aux éditions du Point du Jour. Ce premier recueil de poèmes regroupe quatre-vingts textes dont quarante-deux trouvèrent leur place entre 1930 et 1944 dans les revues Bifur, Cahier d'art, Commerce, ou dans d'autres plus engagées comme Essai et combats ou La Flèche. Lors de sa sortie, Paroles reçoit un accueil exceptionnel : cinq mille exemplaires sont vendus en une semaine. Le grand public, les critiques, les écrivains (Michaux, Gide, Bataille, Queneau, Char, Leiris, etc.) manifestent leur enthousiasme. Dès 1947, Prévert et son éditeur décident de publier une édition augmentée de seize textes, renouvelée en 1949, reprise en 1957 par Le Livre de poche et en 1972 par Folio.

Jacques Prévert Photographie

Jacques Prévert Jacques Prévert (1900-1977) est aujourd'hui encore un des poètes français les plus populaires. Son œuvre, qui mêle légèreté et gravité, continue d'être l'une des plus lues et des plus étudiées dans les écoles. 

Crédits: Istituto Geografico De Agostini Consulter

Cette popularité a toujours semblé suspecte à certains : Aragon traite Prévert qui, comme lui, avait été surréaliste, de « clown lyrique », et dénonce ce populisme « attendrissant à en pleurer, tellement c'est cliché, choqué et recopié sur les plus bêtes des feuilletons les plus roses » (La Nouvelle Critique). Il rejoint ici l'avis de Camus, Nimier, Mauriac ou Blondin. Pourtant, le succès de Paroles donne tort à ses détracteurs. Plusieurs millions d'exemplaires du livre ont été vendus depuis 1946, et Prévert est devenu depuis longtemps un classique de la poésie populaire et scolaire.

1.  Une apologie de la liberté créatrice

Prévert ne s'adresse pas à une élite. Il écrit « pour faire plaisir à beaucoup », aux moins bons comme aux plus exigeants. Paroles naît ainsi d'un propos simple et savant, accessible et à conquérir. Les textes sont le fruit d'un travail rigoureux : les jeux de mots y sont subtils, les images insolites, la réflexion critique incisive et les références culturelles nombreuses. La distribution des poèmes au sein de l'œuvre affiche une grande liberté. Cependant, trois longs textes piliers (« Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris », « La Crosse en l'air », « Lanterne magique de Picasso ») en constituent les places stratégiques. En effet, si le premier s'achève par l'évocation du destin le plus noir, la fin du deuxième profère des paroles d'espoir et le troisième fait l'apologie de la liberté créatrice.

Au fil du recueil, Prévert va ordonner une patiente exploration de la thématique des trois poèmes : liberté et non-conformisme s'imposent toujours davantage, rehaussés par l'argot, les tournures populaires, les formules de la conversation quotidienne, les barbarismes (« andromaquer », « dégoiter »). Défendant l'individu contre la société qui l'opprime, prenant parti pour les malheureux écrasés par les institutions (église, armée, patrons, école), Prévert fustige les exploiteurs et se range aux côtés des exploités. Mais il n'élabore aucune stratégie révolutionnaire. Il célèbre la joie de vivre (« Et la fête continue »), chante avec lyrisme l'amour heureux ou malheureux (« Immense et rouge » ; « Barbara »), effleure le sentiment (« Alicante »), exprime la misère et l'espoir (« Le Paysage changeur »), dénonce avec conviction les injustices et les croyances liberticides (« La Lessive »). L'émotion prime, tendre et discrète, parfois violente comme dans « La Bataille de Fontenoy. « Le Tableau des merveilles » doit beaucoup au théâtre d'actualité du groupe Octobre : Prévert, entre 1932 et 1936, y avait écrit des poèmes pour chœurs parlés. Gai, satirique ou même burlesque (« La Pêche à la baleine »), le ton du recueil sombre parfois dans une profonde gravité. Certains textes mettent en scène ceux que la misère accable (« La Grasse Matinée »). Prisonniers de l'argent (« Le Discours sur la paix ») ou d'eux-mêmes (« Fleurs et couronnes »), ils désirent s'accaparer l'être aimé (« Rue de Seine »). L'humour noir affleure dans les textes tragiques, empêchant l'enfermement total : « Non la terre ne se saoule pas/[...]/ jamais elle n'est ivre/ C'est à peine si elle permet de temps en temps/ Un malheureux petit volcan » (« Chanson dans le sang »). Il devient le moyen de reconquérir le bonheur dans ce qu'il a de simple et d'authentique (« Pour faire le portrait d'un oiseau »).

2.  Entre prose et poésie

Œuvre inclassable qui emprunte à la tradition poétique sans jamais se plier aux conventions, Paroles abolit la hiérarchie entre l'écriture poétique et l'écriture en prose, considérée comme vulgaire. Danièle Gasiglia-Laster a montré comment cette alternance de poésie et de prose répond au désir de dévoiler l'ambivalence d'un monde qui trouve son rythme entre farce et tragédie, réalisme et surréalisme. Prévert détourne les stéréotypes, se défie des idées toutes faites. Sa langue s'épanouit en jeux verbaux, contrepèteries, collages, jeux sur les sonorités. Anarchiste de cœur, il se dit « rêveur » ou « artisan » plutôt que « poète ». Chez lui, en tout cas, la poésie est bien un art de vivre : « La poésie, c'est ce qu'on rêve, ce qu'on imagine, ce qu'on désire et ce qui arrive, souvent. [..] La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus subtils surnoms de la vie. » (Hebdromadaires, 1982).

Michel P. SCHMITT

 

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Pour citer cet article

Michel P. SCHMITT, « PAROLES, livre de Jacques Prévert  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/paroles/

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« PAROLES, Jacques Prévert » est également traité dans :

PRÉVERT JACQUES (1900-1977)

Écrit par :  Jacques BENS

Dans le chapitre "Cinéma et poésie"  : …   soir (1942), Les Enfants du paradis (1945) et Les Portes de la nuit (1946). *Pendant ces années d'intense travail cinématographique, Jacques Prévert continue, de temps à autre, à écrire des poèmes, dont quelques-uns paraissent dans des revues, et certains circulent dans les poches de ses amis. Sous l'occupation allemande, un… Lire la suite

 

Voir aussi

 

Bibliographie

J. Prévert, Œuvres complètes, D. Gasiglia-Laster et A. Laster éd., Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1992

Paroles, présent. D. Gasiglia-Laster, Foliothèque, Gallimard, 1993.

Étude

Revue Europe, nos 748-749, 1991.

 

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