Tout en revendiquant, une certaine marginalité, Jacques Doillon a toujours été au centre des passions qui ont agité le cinéma français, qu'il s'agisse d'en louer la délicatesse appliquée à la peinture des sentiments, ou d'en fustiger l'intimisme, voire le nombrilisme, et l'étroitesse d'inspiration. Plus en retrait et pourtant plus exposé, pour le meilleur et pour le pire, que beaucoup de cinéastes de l'après-Nouvelle Vague, Doillon, notamment par sa fidélité aux budgets modestes, a défendu une liberté qui lui a permis de bâtir une œuvre très prolifique, en quête perpétuelle de nuance et de vérité.
C'est le regard attentif, curieux et complice que porte Doillon sur la jeunesse qui le distingue dès son premier film, Les Doigts dans la tête (1974), salué par François Truffaut, dont il est alors désigné comme un possible héritier. Un sac de billes (1975) pourrait le conforter à cette place, mais cette adaptation du best-seller de Josef Joffo (récit de la traversée de la France occupée par deux enfants juifs) restera l'unique incursion de Doillon dans un cinéma tempéré, économiquement confortable, ni trop ni trop peu personnel. La tendresse qu'il manifeste env […]
