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BOUNINE IVAN (1870-1953)

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2.  Le culte du style

L'art de Bounine vise à l'impassibilité, par l'élimination de tout but extrinsèque à l'œuvre elle-même, idéologie ou complaisance égocentrique de l'artiste ; mais cet effort d'objectivation, loin de nier sa personnalité, est un effort pour traduire le réel tel qu'il est perçu à travers sa sensibilité, dont les moindres réactions sont enregistrées par sa prose avec la précision d'un sismographe. D'où l'importance exclusive du style, conçu comme une éthique de fidélité à la perception. Bounine est un observateur extraordinairement doué : physiologiquement, grâce à l'acuité exceptionnelle de ses cinq sens (dont il a donné des témoignages dans ses souvenirs), il dispose d'un registre étonnamment varié de sensations, traduites dans une langue précise, dense, d'une musicalité raffinée ; psychologiquement, ce don d'observation fait de Bounine un grand connaisseur de l'âme humaine et un artiste à la sensibilité toujours en éveil. Grâce à quoi le style échappe à la sécheresse qui pourrait être la rançon de la volonté de lucidité et des recherches purement plastiques. On l'a comparé, non sans raison, aux Goncourt ou à Flaubert, avec qui il possède le culte du style et une certaine conception de l'artiste ; il fait penser encore à Gobineau, avec plus de sensualité. Comparaisons bien approximatives, tant son art est lié étroitement aux plus pures traditions de la prose russe.

S'inspirant des grands classiques et, dans tous les sens du terme, sur leur propre terrain, Bounine a su être bien plus qu'un épigone. Maître des « petits » genres (récits, nouvelles), il possède, autant que Tchekhov, l'art de faire participer le lecteur à sa découverte du monde, en fixant l'attention sur le détail inaperçu, sur le quotidien auquel il redonne les couleurs et le relief estompés par l'habitude ; autant que Tourgueniev, il sait traduire, par le rythme et la qualité musicale de sa prose, les nuances les plus insaisissables d'un ciel ou d'un paysage. Et s'il est amené à cultiver le côté ornemental du style, il évite la préciosité et le pur formalisme, grâce à la force expressive des images et du vocabulaire, à son souci de rigueur classique que renforcent encore les sévères limites imposées par le genre.

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RUSSIE (Arts et culture) - La littérature

Écrit par :  Michel AUCOUTURIERMarie-Christine AUTANT-MATHIEUHélène HENRYHélène MÉLATGeorges NIVAT

Dans le chapitre "La littérature d'art (1890-1917)"  : …  Garchine (Garšin, 1855-1888), Anton Tchekhov (Čehov, 1860-1904), Maxime Gorki (Gor'kij, 1868-1936), *Ivan Bounine (Bunin, 1870-1953), Alexandre Kouprine (Kuprin, 1870-1938) et Léonide Andréïev (Andreev, 1871-1919). Porté à la perfection par Tchekhov qui peint les intellectuels moroses de sa génération avec le laconisme de l'humoriste et la lucidité… Lire la suite

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