Dans les années 1970, l'Iran évoquait, pour la majorité des Occidentaux, l'image d'un pays aux traditions multimillénaires engagé sur la voie d'une modernisation rapide, profitant d'un exceptionnel développement grâce à l'abondance de ses ressources pétrolières. Les événements révolutionnaires de 1978-1979, le rôle décisif que jouèrent, en cette circonstance, les ulémas (docteurs de l'islam), et en particulier l'ayatollah Khomeyni, l'instauration (le 1er avril 1979) d'une République islamique instituant un contrôle direct des religieux sur la vie publique, rejetant l'occidentalisation et imposant l'islamisation des mœurs, ont radicalement modifié cette image et pris à contre-pied les pronostics les plus généralement répandus sur l'avenir de ce pays. Déconcertés par la nature de cette révolution – sans doute un des événements les plus importants du xxe siècle par l'originalité de ses formes et l'étendue de ses implications –, nombre d'observateurs se sont cantonnés dans des jugements à l'emporte-pièce, qualifiant de « fanatique », d'« obscurantiste », de « rétrograde » un mouvement dont les causes, le sens et les perspectives leur échappaient. Il est vrai que les événements survenus en Iran ont eu de quoi dérouter, tant ils se pliaient mal aux schémas classiques d'analyse des révolutions – mais, précisément, ne devrait-on pas repenser ces schémas ?
Il est vrai aussi que le bilan de trente ans de République islamique n'incite guère l'opinion à un effort de compréhension approfondie : intransigeance et brutalité dans la répression des minorités et des opposants, paupérisation de la société, exil massif des élites (environ 3 millions d'Iraniens vivent à l'étranger), organisation de mouvements et d'attentats terroristes... sont les traits les plus fortement attachés à l'image de l'Iran révolutionnaire, devenu une des nations les plus répulsives du monde aux yeux des Occidentaux. Cette image négative s'est encore noircie après l'élection, en juin 2005, de Mahmoud Ahmadinejad à la […]
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