Selon une conception quelque peu manichéenne de la femme à l'écran dans les années 1950, certains producteurs et réalisateurs hollywoodiens faisaient hésiter le héros masculin entre deux sortes de femmes : l'angélique, lisse de toute passion, revue et corrigée par l'éthique puritaine du « Code Hays », et la femme tentatrice, au passé toujours chargé. C'est ainsi que la jeune Grace Kelly – découverte dans Quatorze Heures de Henry Hathaway, en 1950 – incarne une jeune mariée sans ambiguïté dans Le train sifflera trois fois (de Fred Zinnemann), remise paradoxalement sur le droit chemin par la « pécheresse » Kathy Jurado, type de femme auquel semblait aller pourtant la sympathie du réalisateur. Grace Kelly se tire fort bien de cet exercice somme toute ingrat et se retrouve dans la même position inconfortable dans le film de John Ford, Mogambo (1953) – remake de La Belle de Saigon tourné dans les années 1930 –, où elle représente la dignité face à une Ava Gardner resplendissante qui assume sans fausse honte son personnage de « viveuse ». Heureusement, Alfred Hitchcock, en trois films, va, en une suite de subtiles déformations, retoucher l'image de […]
