Née en France, à Biarritz, Gina Pane y a vécu, y a enseigné dans des écoles d'art. Elle y a montré la plupart de ses actions artistiques et de ses Partitions. En même temps, elle a constamment souligné (en particulier dans certains des titres qu'elle a donnés à ses œuvres) ses rapports privilégiés avec l'Italie. Elle évoque un grand-père napolitain, une grand-mère piémontaise, un père né à Turin, une mère autrichienne. Mais, en un moment de l'histoire de l'art où beaucoup d'artistes soulignent leur « identité culturelle », elle revendique surtout un internationalisme qui n'est guère à la mode : « J'ai des relations avec des formes et des problèmes qui appartiennent au monde entier [...]. Ma culture est un croisement ; elle est métisse. » En riant, elle avoue être une artiste qui lit et elle aime citer « pêle-mêle » les auteurs qui, parfois, l'aident dans ses recherches artistiques : Rimbaud, Baudelaire, Georges Bataille, Ezra Pound, James Joyce, Merleau-Ponty, Cioran, « et puis Socrate, oui, Socrate ». Une de ses œuvres s'intitule : L'Homme à la branche verte qui n'avait pas lu « Les Fleurs du mal » (partition pour une blessure), 1982...
La plupart de ceux qui commentent les travaux de Gina Pane soulignent d'abord son rôle à l'intérieur de ce qui a été appelé le body art. De 1971 à 1980, elle a créé un certain nombre d'événements. Elle a mis en danger son corps. Elle lui a porté atteinte. Elle l'a blessé avec des lames de rasoir, avec des épines de rose. En 1971, Escalade non anesthésiée l'amène à gravir, mains et pieds nus, une échelle aux marches coupantes.
Avaler 600 grammes de viande hâchée, crue, avariée ; éteindre des feux avec ses mains et ses pieds nus ; se placer, dans un équilibre instable à l'extérieur d'une fenêtre du deuxième étage d'une maison : ces actions extrêmes, soigneusement préparées par des dessins de l'artiste, appartiennent à ce que l'on pourrait nommer (en se rappelant les textes d'Antonin Artaud sur le théâtre) un art de la cruauté. Le corps […]
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