Les œuvres et la personnalité de George Gershwin témoignent de ce que furent les années folles d'un peuple qui a perdu à jamais son regard d'enfant. Il serait donc vain de chercher à savoir si le compositeur a « fait école ». En réalité, il incarne une certaine réussite « made in U.S.A. » de la première moitié du xxe siècle, ses compositions musicales sont autant de bandes sonores illustrant le monde dans lequel il vécut : de la conquête de Cuba aux prémices de la Seconde Guerre mondiale, en passant par les rampes de Broadway et les projecteurs d'Hollywood.
De la célèbre Rhapsody in Blue à Porgy and Bess, du Concerto en fa à Un Américain à Paris, Gershwin est un compositeur classique, n'en déplaise à quelques musicologues grincheux. Mais il a commis le crime, impardonnable aux yeux de certains, de composer des centaines de chansons à succès, et de produire des dizaines de revues musicales et de films qui firent courir un public populaire. Il vécut libre, riche, heureux. Sa mort, aussi tragique qu'absurde, ressemble à celle d'un héros de Francis Scott Fitzgerald.
Jacob Gershovitz est né le 26 septembre 1898 à Brooklyn, de parents juifs russes fraîchement émigrés de Saint-Pétersbourg. Il est élevé dans le ghetto new-yorkais du Lower East Side, dans le grouillement passionné de vies que l'on recommence. Champion de patin à roulettes, excellent joueur de base-ball, cancre et chahuteur en classe, son éducation se fait dans la rue. Dès l'âge de six ans, on l'aperçoit, bien loin de chez lui, du côté de la 125e Rue, écoutant avec passion les premiers airs du jazz et du ragtime. Il apprend les rudiments du piano sur un vieil instrument acheté pour son frère Ira, l'intellectuel de la famille. Il mêle Chopin, Liszt, Rubinstein, Debussy, Wagner et Scott Joplin, passe ses soirées aux concerts les plus variés. À l'âge de seize ans, il informe sa mère qu'il a trouvé un poste de « démonstrateur de chansons » chez un éditeur de Tin Pan Alley, quartier de Manhattan où surgit la pop musique. Il y restera un an, f […]
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