Irving Berlin a suivi le parcours « classique » de nombreux juifs russes de son époque. Il naît à Mogilev, en Russie (aujourd'hui Biélorussie) le 11 mai 1888 ; fils de Moses Baline, chantre de synagogue, il est prénommé Israel : « Izzy ». Il a cinq ans quand sa famille émigre aux États-Unis, à la suite d'un pogrom, et s'installe dans un quartier pauvre de New York. Le petit Israel grandit comme il peut et gagne quelques sous en chantant dans les rues ; ce sera – presque – la gloire quand il passera en « attraction » au Pelham's Café, dans Chinatown. C'est là, nous dit José Bruyr, « qu'il écrivit sur une seule portée la musique qu'il jouait avec un doigt : certain Spring Song – accommodant en ragtime la Chanson de printemps de Mendelssohn ». En 1907 – il a dix-neuf ans –, il commence à écrire les paroles de chansons dont le pianiste du Pelham's Café, Nicholson, compose la musique ; la première est Marie from Sunny Italy. Et il trouve du même coup le nom sous lequel il deviendra universellement connu : la légende veut, en effet, qu'une erreur de typographie ait transformé Israel Baline en Irving Berlin... à moins qu'il ne s'agisse là d'une « trouvaille » de son agent de publicité.
Ce nom, en tout cas, lui portera bonheur, car il ne cessera désormais de composer, sans prétention superflue : il se dira toujours song maker plutôt que song writer, et il avouera qu'il ne savait pas lire une partition, ni jouer du piano autrement qu'en fa dièse ! Sa carrière est celle d'un self-made-man : dès 1910, il crée lui-même quelques-unes de ses œuvres dans une revue, Up and Down Broadway ; dès l'année suivante, Alexander's Ragtime Band – dont il compose cette fois et les paroles et la musique – va faire le tour du monde. Et le voilà parti pour quelque deux mille chansons, une quinzaine de comédies musicales et soixante-dix revues...
On lui reconnaît un indéniable sens du rythme, et l'habileté d'avoir su tirer parti du ragtime qui faisait fureur pendant les années folles : il appartenait, avec Cole Porter, Jerome Kern, Richard Rogers et George Gershwin au g […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



