Grand homme d'État anglais, Canning est entré très tôt dans la vie politique en étant élu à l'âge de vingt-quatre ans député de Newport. Juriste, fils d'un homme de loi, protégé d'un oncle banquier, il a commencé par partager les idées libérales à la mode dans sa famille et parmi ses premiers amis. Sa conversion à un conservatisme résolu date de la Révolution française et du choc qu'elle provoque dans le camp whig. Tout comme Burke, il est révolté par les actes des constituants et rejoint le camp tory alors dirigé par William Pitt le Jeune. Sa carrière ministérielle commence sous la bannière du plus farouche adversaire de la France révolutionnaire : en 1796, il prend pour la première fois pied au Foreign Office avec le rang de sous-secrétaire d'État. Sa fortune politique connaît ensuite des retournements divers ; mais, à trente-sept ans, en 1807, il devient le ministre des Affaires étrangères du duc de Portland. Démissionnaire en 1809, il se pose pour des années en grand adversaire de son rival Castlereagh et joue le rôle d'un conservateur intelligent, maître à penser d'une petite clientèle de députés « canningistes ». Une seconde carrière s'ouvre à lui à partir de 1822 : le suicide de Castlereagh lui rend le portefeuille des Affaires étrangères pendant plusieurs années ; en 1827, il sera appelé à former un ministère qu'il dirigera pendant les quelques mois qui le séparent de sa mort. Au cours de cette seconde carrière, il prend des positions originales qui lui valent l'appui fréquent de l'opposition whig. Sur le plan international, il consacre la faillite de la politique des congrès et entreprend de détacher l'Angleterre de toutes les obligations auxquelles elle s'était engagée dans le cadre de la Quadruple-Alliance ; il en vient à favoriser l'indépendance grecque. Soucieux de développer l'influence anglaise en Amérique latine, il prend parti pour les États en révolte et appuie les fermes positions du président américain Monroe. À l'intérieur, il demeure un adversaire de toute réforme parlementaire et de la démocratie, mais il est le partisan convaincu de l'égalité religieuse entre tous les citoyens anglais : sa nomination à la tête du Cabinet passera pour une victoire des partisans de la révocation des Test Acts et de la loi sur les municipalités, principales mesures discriminatoires subsistant à l'encontre des catholiques et des non-conformistes. Par ailleurs, il ne réussit pas à faire progresser l'idée du libre-échange qui lui tenait à cœur et en faisait un adversaire des lois protectionnistes sur les céréales. Son principal adversaire, le duc de Wellington, tira grand profit de sa disparition.
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