4. Une nouvelle expression des passions
L'art de Bellini mélodiste est bien connu. Il a su, aussi, conjuguer l'instrument et la voix dans des moments lyriques exceptionnels où le temps semble comme suspendu dans le « gel » ou dans l'extase : que l'on songe, bien sûr, à « Casta diva », la longue invocation de Norma à la lune. Donizetti n'est pas en reste, même si, dans la conduite de l'orchestre, il lui arrive de sombrer dans la pompe et dans la vulgarité. Grand mélodiste lui aussi, il porte à un point extrême de perfection le second bel canto quand il ménage ces moments extatiques qui permettent au chanteur d'atteindre au sommet de son art : l'air d'Essex, « Come uno spirito angelico », au troisième acte de Roberto Devereux (1837), la vision « Al dolce guidami » dans Anna Bolena (1830) ou la magnifique scène de Parisina d'Este (1833), opéra oublié dont Montserrat Caballé a su révéler les immenses beautés.
Paul Scudo, critique parfois dur, mais le plus souvent lucide, notait à la mort de Donizetti, en 1848 (« Donizetti et l'école italienne depuis Rossini »), que le caractère de l'école italienne s'était modifié depuis que Rossini n'écrivait plus. « L'influence de la littérature étrangère », faisait-il observer, et celle « des nouvelles théories sur l'art dramatique, ont excité les compositeurs du pays de Cimarosa à rechercher l'expression violente de la passion, à délaisser la peinture des sentiments aimables et délicats pour celle des sombres emportements de l'âme ». Le second bel canto n'évoluait pas pour autant vers un Sturm und Drang à l'italienne. Mais, remarquait encore Scudo, « une sorte de mysticisme s'est emparé de l'imagination sereine des Italiens ». Leurs mélodies sont devenues plus sobres, d'un accent plus intime et plus tendre, sans dommage pour la force dramatique, parfois durcie, il est vrai, exagérée même, moins pour complaire au public que par un phénomène de compensation.
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