Théologien juif allemand élevé dans une famille fortement assimilée, Franz Rosenzweig, après une « tentation chrétienne », entreprit d'affranchir la pensée juive de la philosophie et, avec Martin Buber et Leo Baeck, ouvrit des voies neuves à la pensée juive contemporaine. Entre 1905 et 1913, à la suite d'études de droit et de philosophie, il subit l'influence de l'historien Frédéric Meinecke puis du juif converti au protestantisme Eugen Rosenstock-Huessy. Peu satisfait du rationalisme hégélien, il songe à adopter le christianisme ; un office de Kippur auquel il assiste dans une synagogue berlinoise l'en détourne. Entre 1913 et 1921, il subit l'influence d'Hermann Cohen et entre en relation avec Martin Buber. Sous l'uniforme, durant la Première Guerre mondiale, il écrit son œuvre maîtresse L'Étoile de la rédemption (Der Stern der Erlösung, 1921). Il crée à Francfort-sur-le-Main une académie d'études juives pour adultes (freies jüdisches Lehrhaus), où enseignent les meilleurs savants juifs allemands. Paralysé les huit dernières années de sa vie, il parvient à poursuivre une œuvre féconde (traduction des poèmes de Juda Halévy, traduction de la Bible avec Martin Buber), à observer les préceptes pratiques du judaïsme ; un titre rabbinique lui est conféré. Face aux doctrines de la raison et de l'impersonnel, il s'attache à l'acquisition subjective, existentielle du vrai, souligne la relation de Dieu avec l'homme par la révélation envisagée comme un processus continu. L'amour de Dieu pour l'homme rend possible l'amour de l'homme pour son prochain, qui conduit à la rédemption du monde. Dans cette perspective, christianisme et judaïsme sont deux alliances valables : d'une part, « voie éternelle » offerte au monde païen, d'autre part « vie éternelle » accordée au peuple juif afin qu'il poursuive le Royaume de Dieu, hors du flot de l'histoire jusqu'à la Rédemption. Stimulante pour la réflexion contemporaine, l'œuvre de Rosenzweig reste mal connue du public francophone. Il en existe une traduction anglaise par William Hallo (New York, 1971) et une traduction hébraïque par Joshua Amir (Jérusalem, 1970).
Gérard NAHON
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