Les soixante-huit années du long règne de François-Joseph coïncident avec la période la plus féconde et la plus brillante, sinon de l'histoire politique, du moins de la civilisation et du mode de vie d'une Autriche enfin dégagée des implications de l'ancien Saint Empire et cherchant ses voies originales. C'est pourquoi, pour beaucoup de ses anciens sujets, son souvenir est assimilé à celui de la « Belle Époque » où, malgré d'indéniables difficultés politiques et d'indiscutables injustices, l'Autriche était riche, prospère et heureuse. Pourtant l'homme n'est pas de ceux qui suscitent l'enthousiasme des foules ; doué d'un physique agréable, affable mais peu affectueux, simple d'abord mais sec de contact, il n'est guère brillant et se compose un personnage d'homme de devoir résolument terne. Il se considère comme le premier serviteur de l'État et son application lui tient lieu de génie. Profondément conservateur, il élève l'immobilisme au rang de philosophie politique et il faut bien avouer que François-Joseph est rarement à la hauteur des circonstances lorsqu'il doit prendre des décisions importantes. En 1848 il a été choisi comme prête-nom par l'aristocratie conservatrice et l'armée, une fois l'ordre peu à peu rétabli par celle-ci dans l'Empire. Au début de son règne, il est soumis à l'influence de sa mère, l'archiduchesse Sophie (une Wittelsbach), et à celle de son Premier ministre, le prince Schwarzenberg, dont l'oeuvre est remarquable. La brutalité de la répression qui s'abat sur la Hongrie en 1849 montre que le jeune souverain a opté pour un système politique discutable mais cohérent : l'absolutisme centralisateur appuyé sur l'armée et la bureaucratie allemande. Pour la première fois de son histoire, la monarchie autrichienne devient un véritable État centralisé, où les notables provinciaux doivent céder le pas devant les fonctionnaires nommés par Vienne. La malheureuse campagne d'Italie de 1859 incite François-Joseph à réfléchir. Sur le champ de bataille de Solferino, il perd d'abord ses illusions sur ses talents d […]
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